Agitation

« Banalerie » en français n’existe pas plus que « ordinarity » en anglais, ce sont des mots que j’ai inventés. Forcément.
« Banalerie » in French does not exist any more than « ordinarity » in English, these are words that I invented. Necessarily.

Je fais un petit retour sur la visite de Liliane et Fred que j’ai à peine évoquée la semaine dernière. Et pourquoi pas sous forme de photos commentées ?
I take a look back at Liliane and Fred’s visit that I barely mentioned last week. And why not in the form of commented photos?

Regardez bien : sur la table il traîne encore des bouteilles et une cafetière. On a un peu débarrassé, mais on n’a pas enlevé les verres, au cas où. Un sac en papier cache les quartiers de pommes séchées. Dans un autre sac, transparent, les graines noires du poivrier du Sichuan : c’est le boulot de Gaëlle l’infatigable. On ne consomme pas la graine, seulement la coque de ce poivre. Avec Paul on en a croqué un jour pour savoir – il faut vivre dangereusement – mais la graine n’a aucun goût. C’est comme du sable dans la bouche. Mais c’est une magnifique petite boule noire brillante, quant à Fred il se demande quelles percussions il pourrait bien faire avec.
Take a good look: there are still bottles and a coffee pot lying around on the table. We cleaned it up a bit, but we didn’t take the glasses off, just in case. A paper bag hides the dried apple wedges. In another transparent bag, the black seeds of the Sichuan pepper tree: this is Gaëlle’s tireless job. We do not eat the seed, only the shell of this pepper. With Paul we took a bite of it one day to find out – we have to live dangerously – but the seed has no taste. It’s like sand in your mouth. But it’s a beautiful shiny little black ball, as for Fred he wonders what percussion he could do with it.

Ne croyez pas qu’il lui manque quelque chose, il a tout ce qu’il faut chez lui, mais l’aventure des percussions, cela ne se termine jamais. Le petit sachet est celui de Fred. Et si la main de Fred est toujours floue, c’est parce qu’il accompagne Lolo à la guitare et Nanath au chant.
Don’t think he’s missing anything, he has it all, but the percussion adventure never ends. The little bag is Fred’s. And if Fred’s hand is still blurry, it’s because he accompanies Lolo on guitar and Nanath on vocals.

Des photos, je n’en prends pas à l’hôpital. Ma visite tant attendue du 14 janvier s’est bien passée. J’avais même réussi à faire regrouper dans la même journée le scanner de 11 heures et le rendez-vous de quatorze heures quarante avec le chirurgien. Après avoir suivi la signalétique « radio – IRM – scanner » je réalise au bout d’une demi-heure que j’attends pour une radio alors que je dois passer un scanner, alors je repars dans le labyrinthe mystérieux des couloirs jusqu’à trouver la bonne porte. Là, une secrétaire me réclame mes étiquettes, maintenant on ne rentre plus dans un hôpital sans faire imprimer des pages d’étiquette qui leur disent tout sur vous-même. Après l’examen… non, je ne rencontrerai pas le radiologue à cause du Covid-19. (Alors ils font quoi les radiologues en ce moment ? Je rencontre la manipulatrice en radiologie, comme elle ne connaît pas encore mon cas elle s’extasie sur la mosaïque de mon omoplate, mais le médecin radiologue n’apparaît pas.)
Pictures: I don’t take them in the hospital. My long-awaited visit on January 14 went well. I had even managed to have the 11 o’clock scan and the fourteen-forty appointment with the surgeon together in the same day. After having followed the signage « radio – MRI – scanner » I realize after half an hour that I am waiting for a radio when I have to pass a scanner, then I set out again in the mysterious labyrinth of the corridors until I find the right door. There, a secretary asks me for my stickers, now you don’t go into a hospital without having stickers pages printed that tell them all about you. After the exam … no, I won’t see the radiologist because of the Covid-19. (So ​​what are the radiologists doing right now? I meet the radiology technician, as she doesn’t know my case yet, she raves about the mosaic of my shoulder blade, but the radiologist does not appear.)

La secrétaire me donne un lourd dossier, plusieurs pages et un CD, et je n’ai plus qu’à passer payer et récupérer ma carte « vitale ». Il y a un mois il était convenu qu’à partir de là, je me précipitais à l’étage en dessus pour faire faire les étiquettes pour la radio à faire avant de voir le chirurgien. Ce n’était possible que si j’y passais avant midi. Mais aujourd’hui, on me dit que cela n’a pas de sens, tout se passe sur le même niveau, inutile de monter à l’étage où sont les chambres des hospitalisés. « D’ailleurs » me dit la secrétaire pressée d’aller prendre son repas, « vous n’avez qu’à revenir à une heure. Allez manger… »
The secretary gives me a heavy file, several pages and a CD, and I just have to pay and collect my card « vitale »*. A month ago it was agreed that from then on I would rush upstairs to have the radio stickers made before I see the surgeon. It was possible, only if I got there before noon. But today, I am told that it does not make sense, everything is on the same level, no need to go up to the floor where the hospital rooms are. « Besides, » the secretary tells me in a hurry to get her meal, « you just have to come back at one o’clock. Go eat… »
*certificate of rights for social security

Déconfite mais pas surprise, je sors dans la rue, pose le masque quelques minutes, j’appelle Paul pour échanger les nouvelles et décharger mon énervement, je mange ma clémentine parce que je l’ai là, dans mon sac… et je retourne dans la salle d’attente, il est midi et demi. J’ai un bon bouquin.
I’m confused but not surprised, I go out into the street, take off the mask for a few minutes, I call Paul to exchange the news and unload my nervousness, I eat my clementine because I have it there, in my bag … and I go back to the waiting room, it is half past twelve. I have a good book.

Une secrétaire arrive vers treize heures, elle connaît mon nom, et elle m’envoie passer la radio. Quand je reviens… elle « m’installe » : me conduit dans une petite pièce où le chirurgien ne tarde pas à me rejoindre. Il ne me reconnaît pas, il s’intéresse plus à mon squelette qu’au reste de ma personne, mais quand la mémoire lui revient, dès qu’il se rappelle que je suis « madame omoplate », je sens bien que je suis une patiente exceptionnelle. Mon cas le passionne : déjà il me montre comment il va installer une prothèse sur le socle solide que représentera l’omoplate. Je lui annonce que je vais passer prendre rendez-vous au centre de balnéothérapie, il rajoute à la main trois lignes de précision sur son ordonnance. Après plusieurs lectures je réussirai à lire tout !
A secretary arrives around one o’clock, she knows my name, and she sends me over the radio. When I come back … she « settles me in »: leads me into a small room where the surgeon soon joins me. He does not recognize me, he is more interested in my skeleton than in the rest of me, but when his memory returns, as soon as he remembers that I am « lady scapula », I feel that I am an exceptional patient. My case fascinates him: he is already showing me how he is going to install a prosthesis on the solid base that the scapula will represent. I tell him that I am going to make an appointment at the balneotherapy center, he adds three lines of precision by hand to his prescription. After several readings I will be able to read everything!

Mais ce qui me fait le plus plaisir, c’est de téléphoner à Paul pour qu’il vienne me chercher, j’ai terminé avec une heure d’avance sur le rendez-vous ! L’hôpital est une espèce de monstre effroyablement compliqué, mais parfois il fonctionne dans le bon sens. Ça y est, je suis libre, je m’assois un moment parmi les patients qui surveillent les écrans pour savoir vers quel guichet se diriger, tous prêts à bondir, je ne fais plus partie de leur monde.
But what gives me the most pleasure is phoning Paul to come get me, I finished an hour early on the date! The hospital is a frighteningly complicated kind of monster, but sometimes it just works the right way. That’s it, I’m free, I sit for a moment among the patients watching the screens to know which counter to go to, all ready to pounce, I am no longer part of their world.

Quand j’ai eu cet accident, le médecin a été direct : « Il n’y a pas de plan B. » En effet, les fragments d’omoplate sont nombreux et certains ne mesurent que quelques millimètres, il est impossible d’opérer : je crois que s’il avait essayé, il m’aurait transformé en hérisson. Ou en cyborg. J’ai donc respecté strictement ses consignes, en particulier ne jamais éloigner le coude du corps, ce qui a généré des irritations fort désagréables de l’aisselle à cause de la transpiration qui ne pouvait s’évacuer. Maintenant, tout a changé, j’essaie toujours de garder le coude écarté. En faisant très attention, je peux faire beaucoup de choses comme casser un œuf et séparer le blanc du jaune. Je peux même prendre ma douche toute seule ! Le lendemain de ma visite à l’hôpital, l’infirmière est passée pour la dernière fois, et j’ai pu enlever moi-même le tee-shirt, geste devenu plus facile avec ce possible mouvement du coude.
When I had this accident, the doctor was direct: « There is no plan B. » Indeed, the scapula fragments are numerous and some measure only a few millimeters, it is impossible to operate. : I think if he had tried, he would have turned me into a hedgehog. Or as a cyborg. I therefore strictly followed his instructions, in particular never to move the elbow away from the body, which generated very unpleasant irritations in the armpit due to the perspiration which could not be evacuated. Now that has changed, I still try to keep my elbow out. By being very careful I can do a lot of things like cracking an egg and separating the white from the yolk. I can even take my shower on my own! The day after my visit to the hospital, the nurse came by for the last time, and I was able to remove the T-shirt myself, which became easier with this possible movement of the elbow.

J’ai passé quarante-cinq jours très tranquille, je parlais de léthargie la semaine dernière ; d’un seul coup les rendez-vous se multiplient, kinésie, balnéothérapie. Je rentre dans une période bien différente.
I spent forty-five very quiet days, I was talking about lethargy last week; all at once the appointments multiply, kinesis, balneotherapy. I am entering a very different period.

Du bois du bois du bois - wood wood wood
Sur la photo, vous pouvez voir que ce beau chêne pousse sur un talus. Quand nous nous sommes installés ici, sans doute était-il déjà là, tout petit, discret, planté selon toute vraisemblance par un geai, caché dans une haie bien plus dense qu’aujourd’hui. Nous l’avons découvert petit à petit, je me suis prise d’affection pour lui. Il y a un an ou deux, ses glands ont été envahis par un parasite qui les déformait, je vous avais publié des photos… je ne sais plus quand.
In the photo you can see that this beautiful oak tree grows on an embankment. When we settled here, it was probably already there, very small, inconspicuous, planted in all likelihood by a jay, hidden in a hedge much denser than today. We discovered him little by little, I fell in love with it. A year or two ago, his acorns were invaded by a parasite which distorted them, I had published pictures to you… I do not remember when.

Je ne sais pas ce que peut ressentir un arbre qui pousse en mangeant des pierres et des barres de fer : ce frêne dévore consciencieusement la barrière en métal et son pilier, vestiges d’un portail depuis longtemps disparu, vu de loin il n’a pas du tout l’air de souffrir. De temps en temps, il est coupé et alors il ne ressemble plus à rien, mais il repart tout de suite et je trouve sa silhouette harmonieuse. De loin.
I do not know what a tree that grows while eating stones and iron bars can feel like: this ash tree conscientiously devours the metal barrier and its pillar, vestiges of a portal long since disappeared, seen from afar it has not at all seem to suffer. From time to time it is cut and then it does not look like anything anymore, but it starts again immediately and I find its silhouette harmonious. From afar.

Pendant le premier confinement, toute une zone de ce petit boisé a été abattue, et c’est resté là à attendre. Ce ne sont pas des arbres pour la menuiserie, Paul appelle ça « du bois d’eau ». Un jour, alors que je prenais mon bain de soleil, j’ai entendu un raffut énorme. L’après-midi, Paul et moi sommes passés sur les lieux de l’action : un broyeur était venu, d’où le bruit, une pelle mécanique pour transporter les troncs, une camionnette pour le petit matériel, un énorme camion-benne. Celui-ci a transporté les arbres une fois broyés. Ils seront utilisés pour le chauffage ou comme couverture de sol.
During the first confinement, an entire area of this little wood was cut down, and it just stood there waiting. These are not trees for carpentry, Paul calls them « waterwood ». One day, while I was sunbathing, I heard a huge noise. In the afternoon, Paul and I went to the scene of the action: a chipper had come, hence the noise, a mechanical shovel to transport the logs, a van for small equipment, a huge dump truck . This one transported the trees once they were crushed. They will be used for heating or as a ground cover.

Nous sommes passés quand tout le monde pliait bagage, en laissant encore une grosse quantité d’arbres couchés. Le drame dans ces cas-là, c’est qu’il faut rentabiliser un tel déplacement de matériel. Alors ce ne sera peut-être pas rentable de revenir pour les exploitants, et le bois pourrira lentement. Ou bien ils reviendront, je ne sais pas.
We passed when everyone was packing up, still leaving a large number of trees lying down. The tragedy in these cases is that you have to make such a movement of material profitable. So it may not be profitable to come back for the operators, and the wood will slowly rot. Or they will come back, I don’t know.

En vrac comme d’habitude ! - In bulk as usual!

Le 8 janvier était un jour particulièrement faste :

January 8 was a particularly auspicious day:

Madame Saskatoon aime beaucoup se poster à la fenêtre, je me suis dit que Lavande aimerait ce cliché. Cependant comme je multipliais les prises de vue, la chatte excédée a quitté son poste d’observation
Madame Saskatoon likes to post at the window, I thought Lavande would like this shot. However, as I took more shots, the exasperated cat left her observation post.

On m’a dit que quand un pic commence à creuser dans un arbre (ou un volet, ou une fenêtre !) il ne s’arrête pas tant que la chose n’est pas réduite en poussière. Je vois souvent ce poteau dans lequel les trous semblent de plus en plus nombreux, cependant la couleur laisse à penser que depuis longtemps le poteau a été abandonné par ses habitants.
I’ve been told that when a woodpecker starts digging in a tree (or a shutter, or a window!) it doesn’t stop until it turns to dust. I often see this electric pole in which the holes seem to be more and more numerous, however the color suggests that the post has long been abandoned by its inhabitants.

2019

2021

Une nouvelle chute de neige (une dizaine de centimètres, dix millimètres une fois fondue) permet cette fois de parler de neige en 2020 ET en 2021. Pourquoi ne pas photographier Innimond encore une fois, ce paysage toujours pareil et toujours différent ?
A new fall of snow (ten centimeters, ten millimeters once melted) allows this time to talk about snow in 2020 AND in 2021. Why not photograph Innimond once again, this landscape always the same and always different?
Je fais un petit tour dans les pas de Nanath qui a suivi elle aussi les traces de deux chevreuils : je connaissais dans la haie le trou qui leur sert de porte, ils sont repartis en effet par là. Trop facile à identifier dans la neige !
I take a short walk in the footsteps of Nanath who has also followed in the footsteps of two deer: I knew the hole in the hedge that serves as a door for them, indeed they left that way. Too easy to identify in the snow!

Ils ont cassé la croûte là, aiment-ils vraiment le lierre, ou bien ils n’ont pas le choix ?
They had a snack there, do they really like ivy, or do they have no choice?

Boulevard pour chevreuils
Boulevard for deer

Les fruits du pommetier ont pris le gel et sont pourris. Il y a des traces dans la neige (en bas à gauche), les chevreuils les ont peut-être goûtés – à deux pas de là, Séb dormait tranquille dans sa petite maison.
The crabapple fruits have set in frost and are rotten. There are tracks in the snow (bottom left), the deer may have tasted them – a stone’s throw away, Séb was sleeping peacefully in his little house.

Je ne suis pas la seule à mener une enquête : le chat d’un voisin, celui-là qui, en été, quand la porte est ouverte, se dirige directement vers l’assiette de Saskatoon, je ne parle pas du voisin mais de son chat, ce chat-là donc rode autour de la mare. Mais, pas très loin de là, je relève une empreinte dont les orteils sont parallèles et non pas rayonnant comme des pétales de fleur. J’envoie la photo à Doris qui est d’accord avec moi : il ne s’agit sûrement pas d’un chat.
I’m not the only one leading an investigation: a neighbour’s cat, the one who, in the summer, when the door is open, goes straight to the Saskatoon plate, I’m not talking about the neighbor but his cat, that cat is roaming around the pond. But, not very far from there, I note a print whose toes are parallel and not radiating like flower petals. I send the picture to Doris who agrees with me: surely it isn’t a cat.

Il y a quelques années j’ai fini par comprendre que ce dessin, c’est la marque des plumes laissée par l’oiseau quand il prend son envol. Pour que ces traces s’impriment, il faut une qualité de neige particulière, les Inuit pourraient certainement m’en dire plus puisqu’ils posséderaient un vocabulaire très étendu pour désigner seulement « la neige ». Moi je m’émerveille quand je découvre cette élégante signature.
A few years ago I came to understand that this drawing is the mark of the feathers left by the bird when it takes flight. For these tracks to be printed, a particular quality of snow is needed, the Inuit could certainly tell me more since they would have a very extensive vocabulary to designate only « snow ». I marvel when I discover this elegant signature.

Le fauteuil est resté là, mais les poissons sont cachés et personne n’est venu profiter de la fraîcheur pour avancer dans la lecture de son livre.
The chair remains there, but the fish are hidden and no one has come to take advantage of the coolness to continue reading their book.

Quant à mon coin « à bronzer », il est désaffecté pour le moment.
As for my « sunbathing » corner, it is abandoned for the moment.

Lolo ne voit pas pourquoi il n’irait pas au marché (où il ne trouvera pas beaucoup de monde !). Salut Lolo !
Lolo doesn’t see why he shouldn’t go to the market (where he won’t find many people!). Hi Lolo!

Salut vous…
Hello you …

Copyright Nanath

Unknown

Copyright Séb

Le secret de cette photo sera sans doute dévoilé la semaine prochaine, d’ici là toutes les suppositions sont permises !
The secret of this photo will undoubtedly be revealed next week, until then all assumptions are allowed!

Banalerie du quotidien – everyday ordinarity

Les photos
publiées ici
sont le souvenir
d’une balade dans le Beaufortain
en janvier 2014.

The photos
published here
are the memory
of a walk in Beaufortain
in January 2014.

Léthargie - lethargy
On les sauve du Covid-19, on les tue quand même. Les vieux se laissent s’éteindre car le souffle de leur vie c’était de revoir les seuls qui comptent pour eux, les plus proches : les petits-enfants, dont on les prive pour les sauver.
We save them from Covid-19, we kill them anyway. The old people allow themselves to be extinguished because the breath of their life was to see the only ones who matter to them, the closest: the grandchildren, from whom they are deprived in order to save them.

Plus amusant : la consommation de sucre explose depuis le premier confinement. On a besoin de compensation, ça tombe bien, c’est la saison des papillotes. Un de nos visiteurs (il va se sentir visé !) en est tout à fait conscient, il a besoin de sucreries. Et après tout, n’est-ce-pas le système de consolation des petits, un bonbon pour guérir une écorchure ? Nous retrouvons notre âme d’enfant : au lieu de faire du saut à l’élastique, du parapente ou un vol en montgolfière, ou encore de la plongée au milieu de requins soi-disant tueurs, ou encore des stages de survie dans des forêts sauvages, nous avons recours à des petites douceurs, qui nous rappellent la douceur de vivre. J’aime les choses simples.
More fun: sugar consumption has exploded since the first confinement. We need some compensation, that’s good, it’s sweet things season. One of our visitors (he will feel targeted!) Is quite aware of this, he needs sweets. And after all, isn’t that the consolation system of the little ones, a candy to heal a scrape? We rediscover our childhood soul: instead of bungee jumping, paragliding or a hot air balloon flight, or diving among so-called killer sharks, or even survival courses in forests wild, we have recourse to little sweets, which remind us of the sweetness of life. I like the simple things.

Nous, là je parle de Paul et moi, surtout moi, nous sommes toujours entre deux chaises, tellement à l’écart de la « vraie » vie que pour ma part j’en oublie même le masque. Je l’ai porté le 17 décembre pour la dernière fois, la prochaine sera le 14 janvier, dans ces deux cas à l’occasion des examens médicaux. Oui, je ne bouge pas d’ici. Quand je pars marcher avec Paul, nous ne prenons même pas la voiture qui nous permettrait de changer d’horizon. On sort et on file à droite ou à gauche, plus loin encore une fois à droite ou à gauche. En réalité il y a peu de choix.
We, here I am talking about Paul and I, especially me, are always between two chairs, so far removed from « real » life that I personally forget the mask. I wore it on December 17th for the last time, the next one will be on January 14th, in both cases during the medical exams. Yes, I’m not moving from here. When I go for a walk with Paul, we don’t even take the car that would allow us to change the horizon. We go out and walk to the right or to the left, further to the right or to the left. In reality there is little choice.

Ça me convient. Avec Paul nous bavardons de choses ou d’autres, nous avons toujours des choses à nous dire. Nous ne vivons pas à moitié, mais un peu au ralenti, un peu à l’air du temps : il fait le plus souvent gris, froid et humide… Nous sommes peut-être un peu, un tout petit peu en léthargie. J’ai pris le 8 janvier mon premier bain de soleil de l’année, le seul pour le moment, l’ensoleillement fut bref.
It’s OK for me. With Paul we chat about things and other things, we always have things to say to each other. We don’t live half-life, but a little slow, a little trendy: it is mostly gray, cold and humid … We are perhaps a little, a little bit in lethargy. I took my first sunbath of the year on January 8, the only one so far, the sunshine was brief.

Nos noces d’or en 2023 : nous venons de passer quarante-huit ans de mariage. Nous avons encore des trucs à nous dire, ça tombe bien.
Our golden anniversary in 2023: we have just spent forty-eight years of marriage. We still have things to say to each other, that’s good.

Mes proches semblent souvent surpris de ne pas me trouver au trente-sixième dessous, handicapée comme je le suis. Je pourrais bien entendu passer mes journées à pleurer sur mon sort, encore faudrait-il qu’il fût triste ! Je l’ai déjà dit, Paul m’aide autant que j’en ai besoin ; je fais le minimum dont je suis capable, mais je n’hésite pas à lui demander son aide (cinquante fois par jour pour remettre l’orthèse que je passe mon temps à enlever !) en essayant de ne pas trop interférer avec ses activités, et pour moi ça fonctionne.
My relatives often seem surprised not to find me below thirty-sixth: very sad, handicapped as I am. I could of course spend my days crying over my fate, in case it were sad! I’ve said it before, Paul helps me as much as I need; I do the minimum I am capable of, but I do not hesitate to ask for his help (fifty times a day to put back the orthosis that I spend my time removing!) trying not to interfere too much with his activities, and for me it works.

Lolo va au marché en vélo même s’il fait moins quatre : il est tellement emballé à ces moments qu’on le croit gros. Il est content comme ça. Il a ramassé les feuilles du platane et les a transportées à l’autre bout du terrain : pour avoir déjà fait ce boulot, je sais à quel point c’est fastidieux.
Lolo rides his bike to the market even though it’s minus four: he is so wrapped at these times you think he’s fat. He is happy like that. He picked up the leaves from the plane tree and carried them to the other end of the field: having already done this job, I know how tedious it is.

Il est abonné à la revue « Décroissance », qui a critiqué un jour les tiny house, bien lourdes à déplacer, très gourmandes en carburant, alors il a écrit à la revue pour dire qu’il habite une tiny mais qu’il n’est pas le consommateur décrit dans l’article. D’ailleurs il a enlevé les roues à sa maison. Un journaliste est alors venu lui faire une visite très sympa. J’ai hâte de lire l’article à venir.
He subscribes to the magazine « Décroissance », which once criticized tiny houses, which were very heavy to move, very greedy in fuel, so he wrote to the magazine to say that he lived in a tiny but that he is not the consumer described in the article. Besides, he took off the wheels of his house. A journalist then came to pay him a very nice visit. I can’t wait to read the next article.

Le journaliste est venu en vélo depuis Bourgoin, et reparti pour Lyon en vélo – courageux, ce jour-là aussi il ne faisait pas chaud du tout !
The journalist came by bike from Bourgoin, and left for Lyon by bike – brave, that day too it was not hot at all!

Nous rencontrons peu d’amis, un peu toujours les mêmes puisque tout est devenu si compliqué ; nous voulions depuis longtemps inviter Liliane et Fred : cela voulait dire Lolo et Nanath aussi, bien entendu. Le 15 décembre je racontais sur ce blog leur balade musicale dans les rues d’un village, balade qui a fait l’effet d’un bon bol d’oxygène aux participants enthousiasmés. Mettez Lolo et Fred dans la même pièce, toutes les conditions sont réunies pour une impro musicale. Nanath nous a chanté de la bossa nova. Nous avons eu de bons fous rires et un moment musical bien plaisant.
We meet few friends, always a bit the same since everything has become so complicated; for a long time we wanted to invite Liliane and Fred: that meant Lolo and Nanath too, of course. On December 15, I recounted on this blog their musical stroll through the streets of a village, a stroll that gave the enthusiastic participants a good boost. Put Lolo and Fred in the same room, all the conditions are met for a musical improvisation. Nanath sang bossa nova to us. We had a lot of laughs and a very pleasant musical moment.

Un autre jour, Dom, Séverine et Séb sont venus fêter mon anniversaire. Un soixante-neuf un peu particulier, en principe je serai plus agile pour les septante !
Another day, Dom, Séverine and Séb came to celebrate my birthday. A somewhat unusual sixty-nine, in principle I will be more agile for the seventies!

J’ai été gâtée par tout le monde, et pour clôturer dignement la fête nous avons fait un moment de musique : Nanath à la flûte traversière, Paul à l’accordéon, Lolo à la guitare et moi au micro (dans la main gauche). Je ne demande qu’à recommencer et c’est tout à fait envisageable. Inutile de préciser que plus personne n’est en mode léthargie.
I was pampered by everyone, and to end the party with dignity we had a moment of music: Nanath on the transverse flute, Paul on the accordion, Lolo on the guitar and me on the microphone (in the left hand) . I’m just asking to start over and it’s totally possible. Needless to say, no one is in lethargy mode anymore.

Nous avons même été en mode franche rigolade pour une raison que je vais garder secrète quelques temps.
We even went into full laughs for a reason I’m going to keep a secret for a while.

On s’émerveille ! - We marvel!
« Le monde ne mourra pas par manque de merveilles, mais par manque d’émerveillement. » Ce n’est pas de Vincent Munier, mais quand il cite ces jolies paroles, on croirait que ça vient de lui. Vincent s’émerveille. Ne l’appelons pas trop vite « photographe animalier », car il est capable d’oublier d’appuyer sur le déclencheur, tout à la joie d’assister à un spectacle fantastique. On l’appelle le « pape » de la photo animalière et je ne pense pas qu’il l’apprécie. La notoriété est venue mais ne l’a pas changé. Quand il a voulu suivre une formation de photographe, quand il a réalisé qu’il s’agissait de formater les participants, il a abandonné pour rester sur son propre chemin. Il s’y sent bien. Je pense que s’il prend des photos, c’est pour les autres, c’est pour nous, pour nous offrir à son tour les belles images qui se sont offertes à lui.
« The world will not die for lack of wonders, but for lack of wondering. » It’s not by Vincent Munier, but when he quotes those pretty words, you would think they come from him. Vincent is amazed. Let’s not call him a « wildlife photographer » too hastily because he is able to forget to press the shutter button, all in the joy of watching a fantastic spectacle. He’s called the « pope » of wildlife photography and I don’t think he likes it. The notoriety came but didn’t change him. When he wanted to train as a photographer, when he realized it was about formatting the participants, he gave up to stay on his own path. He feels good there. I think that if he takes pictures, it is for others, it is for us, to give us in turn the beautiful images that are offered to him.

On s’émerveille moins : devenez bandit - We marvel less: become a bandit
Je trouve ceci sur le site d’une mairie, sans autre explication : il s’agit d’un code utilisé par les cambrioleurs. Quand ils vous ont fait leur déplaisante visite, la police trouve parfois un de ces signes écrit sur le portail. Et si je les y copiais tous, ça donnerait quoi ?
I find this on a town hall website, without further explanation: it is a code used by burglars. When they’ve made their unpleasant visit, the police sometimes find one of these signs written on the gate. And if I copied them all there, what would it be?

Femme seule - woman alone
Cambrioler le dimanche - burglarize on Sunday
etc

Quand on passe « chez » Ariane et Renato, maintenant, un gros chien style berger allemand aboie furieusement : les nouveaux propriétaires craignent-ils les cambrioleurs ? Le portail qui restait ouvert autrefois est maintenant solidement fermé. Je n’ai aucune raison de le franchir, bien au contraire !
When we go « to » Ariane and Renato, now, a large German Shepherd-style dog barks furiously: are the new owners afraid of burglars? The gate that once remained open is now firmly closed. I have no reason to cross it, on the contrary!

On s’émerveille avec regret - We marvel with regret
Le concert du nouvel an à la Fenice de Venise s’est tenu avec des musiciens masqués.Pour les instruments à vent les musiciens sont séparés par des cloisons transparentes. Même les choristes sont masqués. Seuls les solistes chantent à visage nu, impossible de faire autrement ! Je suis partagée entre le plaisir de voir une preuve de la combativité des artistes dans l’existence même de ce concert, et la tristesse à cause des conditions dans lesquelles il se tient.
The New Year’s concert at the Fenice in Venice was held with masked musicians. For wind instruments the musicians are separated by transparent partitions. Even the choristers are masked. Only the soloists sing with naked faces, impossible to do otherwise! I am divided between the pleasure of seeing proof of the combativeness of the artists in the very existence of this concert, and the sadness because of the conditions in which it is held.

Comme souvent, comme toujours, ma rubrique hebdomadaire est un joyeux fourre-tout. Il s’agit en gros de résumer une semaine en deux pages, et je ne peux pas toujours lier joliment les choses dont je souhaite parler. Quand l’hiver et mon épaule en folie se liguent pour que notre quotidien reste fort plat, je me demande parfois si je ne devrais pas mettre mon blog en pause jusqu’à ce qu’il arrive quelque chose d’exceptionnel.
As often, as always, my weekly column is a happy catch-all. It’s basically summing up a week in two pages, and I can’t always tie the things I want to talk about nicely. When winter and my shoulder in madness come together to keep our everyday life very flat, I sometimes wonder if I shouldn’t put my blog on hiatus until something exceptional happens.

L’exceptionnel pour moi, c’est le prochain examen médical, où je devrais apprendre comment mon proche futur va se dérouler.
The exceptional one for me is the next medical exam, where I should learn how my near future will unfold.

Et pour finir une petite info, un bon signe : je tape des deux mains !
And to finish a little info, a good sign: I type with both hands!

Visiteurs viennent voyageurs vont

La toute petite chute de neige du 31 décembre m’a permis de renouveler mon stock de clichés, évitant d’utiliser encore ceux de la chute précédente, il y a si longtemps : le 15 novembre 2019… Et voilà toutes trouvées les photos pour aujourd’hui !
The very small snowfall of December 31 allowed me to renew my stock of pictures, avoiding to use again those of the previous fall, so long ago: November 15, 2019… So here are the photos for this publication!

Paul et moi avons depuis des années pris l’habitude de nous répartir les tâches. Elles ne manquent pas dans une grande maison où l’on n’a pas cherché à tout automatiser, et où l’on n’achète presque pas de plats cuisinés – comme en plus ils poussent dans le jardin avant de mijoter dans les casseroles, il y a vraiment beaucoup à faire.
Paul and I have been used to dividing up tasks for years. They are not lacking in a large house where we have not tried to automate everything, and where we hardly buy ready-made meals – as in addition they grow in the garden before simmering in the pots, there is a lot to do really.

Alors maintenant, Paul ajoute mon travail au sien. Heureusement que le jardin est (presque) au point mort en hiver, la saison calme. Et heureusement pour moi que je ne porte pas mon orthèse à la saison chaude, ce serait difficilement supportable. Paul fait les yaourts et s’occupe de charger le feu, mes attributions, mais on a toujours partagé le transport du bois qui lui revient entièrement maintenant.
So now Paul adds my work to his. Fortunately, the garden is (almost) at a standstill in winter, the calm season. And fortunately for me that I do not wear my orthosis in the hot season, it would be difficult to bear. Paul makes the yoghurts and takes care of the fire, my job, but we have always shared the transport of the wood, which is now entirely his responsibility.

Dom ne comprend pas qu’on n’ait pas opté pour un chauffage « presse-bouton », mais j’aime m’occuper de la chaudière. Voir monter dans la vieille lessiveuse le niveau de cendres que je répands année après année dans le parc et le jardin pour enrichir le sol en potasse. Oublier de remettre du bois et faire reprendre les flammes sur une petite poignée de braises. Calculer à quelle heure recharger pour que le feu redémarre au matin. Ce feu tourne tout l’hiver en continu, je ne le rallume que de façon exceptionnelle.
Dom doesn’t understand that we haven’t gone for a « push-button » heater, but I like to take care of the boiler. Watching the level of ash rising in the old container, which I spread year after year in the park and the garden to enrich the soil with potash. Forget to put more wood back in and start the flames on a small handful of embers. Calculate at what time to reload so that the fire starts again in the morning. This fire runs continuously all winter long, I only rekindle it in exceptional circumstances.

Bien sûr, je devrais en parler au passé. Ou au futur : j’ai hâte de reprendre une vie plus normale et moins… paresseuse!
Of course, I should talk about it in the past tense. Or in the future: I can’t wait to get back to a more normal and less … lazy life!

Notre existence est peut-être plus routinière encore depuis que je suis « manchote ». Mais il nous arrive parfois des invités surprise. Je ne parle pas de ceux qui ont rempli de bois le coffre de leur voiture, en le prélevant sur le gros tas derrière la maison. Paul s’est aperçu tout de suite du larcin : il a demandé si Lolo et Séb pouvaient l’aider, et tous les trois ont commencé à débiter ce bois pour le ranger ailleurs, où il n’est pas visible de la route.
Our existence is perhaps even more routine since I am « one-armed ». But sometimes we have surprise guests. I’m not talking about those who filled the trunk of their car with wood, taking it from the big pile behind the house. Paul noticed the theft right away: he asked if Lolo and Séb could help him, and the three of them started chopping the wood for storage somewhere else, where it was not visible from the road.

Il n’y a pas si longtemps, Paul et moi aurions été seuls à gérer le problème. J’ai trouvé fantastique de pouvoir appeler à l’aide, et ils ont fait un super travail.
It wasn’t that long ago that Paul and I would have been alone in dealing with the problem. I thought it was fantastic to be able to call for help, and they did a great job.

Cette fois je ne surveille pas les voleurs, ni l’éclat du soleil sur Innimond : je vois par hasard un autre visiteur inattendu, une forme de couleur vive, immobile au milieu du champ de colza ; avec un peu de difficulté, je photographie un faisan magnifique. Il n’est peut-être pas seul mais sa compagne reste discrète.
This time I am not watching the thieves, nor the glare of the sun on Innimond: I see by chance another unexpected visitor, a brightly colored form, motionless in the middle of the rapeseed field; with a little difficulty, I photograph a magnificent pheasant. It may not be alone, but its partner remains discreet.

Une autre visite nous procure un immense plaisir : Angélique et Vincent sont de passage avec Maïa, et son petit frère Amaury que seul Séb avait déjà rencontré. C’est l’occasion pour Maïa de retrouver son arbre. Chance, je l’ai photographié en août, plus photogénique qu’en hiver !
Another visit gives us great pleasure: Angélique and Vincent are passing through with Maïa, and her little brother Amaury, whom only Séb had already met. This is the opportunity for Maia to visit her tree. Luckily, I photographed it in August, more photogenic than in winter!

Peu attiré d’abord par le pont de singe, Amaury s’enhardit et se fait plaisir !
Little attracted at first by the monkey bridge, Amaury is emboldened and has fun!

À part ces moments, notre quotidien est extrêmement tranquille. Je lis beaucoup, et, comme je l’ai déjà dit, nous regardons souvent des vidéos – l’intégrale du film « le Seigneur des Anneaux », version longue, nous occupe un bon moment.
Apart from these moments, our daily life is extremely peaceful. I read a lot, and, as I said before, we watch videos a lot – the entire Lord of the Rings movie, long version, keeps us going for quite a while.

Étonnants voyageurs - Amazing travelers
Si je dis « Alexandra David-Néel », vous direz tous je suppose que vous en avez entendu parler. Peut-être même avez-vous lu ses livres ? Et si je dis « Ella Maillard » ?
If I say « Alexandra David-Néel », you will all say I suppose you have heard of her. Maybe you’ve even read her books? What if I say « Ella Maillard »?

Ella Maillard est née en 1903, plus de trente ans après Alexandra, et j’ignore si leurs chemins se sont croisés. J’ai commencé par lire « Croisières et caravanes », un ouvrage de l’âge mûr qui raconte en survolant un peu une existence bien remplie ; puis j’ai lu « Oasis interdites ». C’était intéressant dans cet ordre, pour se faire d’abord une idée du personnage. Dès le début, j’ai beaucoup aimé son attirance respectueuse vers les peuples nomades, qui la fascinaient, dont elle voulait partager l’existence, persuadée qu’elle avait tout à apprendre, curieuse de tout ce qui faisait le quotidien de ces gens.
Ella Maillard was born in 1903, over thirty years after Alexandra, and I do not know if their paths crossed. I started out by reading « Croisières et caravanes », a mature book that tells a little about a busy life; then I read « Oasis interdites ». It was interesting in that order, to get a feel for the character first. From the start, I really liked her respectful attraction to nomadic peoples, who fascinated her, whose existence she wanted to share, convinced that she had everything to learn, curious about everything that made up the daily life of these people.

La fin de « croisières et caravanes » évoque une quête spirituelle qui a largement modifié sa vision du monde ; elle raconte son propre cheminement. Parlons d’équilibre, de sagesse, de paix…
The end of « croisières et caravanes » evokes a spiritual quest which has greatly modified her vision of the world; she tells her own story. Let’s talk about balance, wisdom, peace …

Sur Babélio, en plus de fragments des films qu’elle a tournés, on accède à une interview de la dame déjà bien âgée, et toujours fascinante. J’en retire quelques lignes :
On Babélio, in addition to fragments of the films she has shot, we access an interview with the already very old lady, and still fascinating. I take a few lines from it:

- La navigation, c’était le rêve qui ne s’est jamais réalisé.
- Et ça reste, comme un regret ?
- Non, ça ne reste pas comme un regret, il faut être d’accord avec son destin. Les regrets ça empoisonne et c’est du temps perdu.
- Sailing was the dream that never came true.
- And it stays, as a regret?
- No, it does not stay as a regret, you have to be okay with your fate. Regrets are poisonous and wasted time.

- D’autres voyageurs avaient le sentiment d’apporter la civilisation, vous vous aviez le sentiment d’apporter la pollution.
- Attention ! J’ai pris 20 à 30 ans pour comprendre. Ce que je vous dis maintenant je le pensais pas du tout à ce moment-là.
- Other travelers felt they were bringing civilization, you felt you were bringing pollution.
- Warning ! It took 20 to 30 years to figure it out. What I’m telling you now I didn’t mean at all at that time.

À 78 ans, elle skiait encore. À 86 ans elle a donné son vélo « pour ne plus avoir la tentation de le monter ».
At 78, she was still skiing. At the age of 86, she gave her bike « so as not to have the temptation to ride it anymore ».

Mais remontons le temps : elle a 32 ans, elle retrouve Peter Fleming, 28 ans, qu’elle a rencontré à Londres. Partira, partira pas ? Ils décident de faire route ensemble pour un projet délirant.
But let’s go back in time: she is 32, she reunites with Peter Fleming, 28, whom she met in London. Will leave, will not leave? They decide to set off together for a crazy project.

Ian Fleming, frère de Peter, est le célèbre créateur de James Bond : il s’est beaucoup inspiré de Peter pour rédiger ses romans. En plus d’activités plus confidentielles, Peter est grand reporter au Times.
Ian Fleming, brother of Peter, is the famous creator of James Bond: he drew a lot of inspiration from Peter in writing his novels. In addition to more confidential activities, Peter is a great reporter for The Times.

Ella aussi est journaliste, mais écrire lui est difficile alors que Peter fait rire tout le monde par ses réparties : on retrouve la même verve inépuisable à l’écrit comme à l’oral.
Ella is also a journalist, but writing is difficult for her while Peter makes everyone laugh with his repartees: you find the same inexhaustible verve in writing and speaking.

Malgré tout ce qui les sépare, ils estiment qu’il est possible d’unir leur force : il s’agit de traverser la Chine d’est en ouest, sans visa, depuis Pékin jusqu’au Cachemire. La situation politique étant d’une complexité extrême, avec la guerre qui fait rage ici et là, on évite, peut-être, les zones les plus dangereuses en passant par les déserts d’Asie centrale… Ils empruntent donc « la » route de la soie, ou plutôt l’un des nombreux itinéraires qui furent sillonnés par des caravanes pendant des siècles : « Le désert du Taklamakan, tu le contournes par le nord ou par le sud ? ». Route « de la soie » car ce tissu précieux servait de monnaie d’échange, jusqu’à ce que le secret de fabrication et quelques chenilles arrivent en Europe où va se développer la sériciculture.
Despite everything that separates them, they believe it is possible to unite their strength: it is a question of crossing China from east to west, visa-free, from Beijing to Kashmir. The political situation being of an extreme complexity, with the war which rages here and there, one avoids, perhaps, the most dangerous zones while passing by the deserts of Central Asia… So they go through « the » road of silk, or rather one of the many routes that were crisscrossed by caravans for centuries: « The Taklamakan desert, do you go around from the north or from the south? » « Silk » route because this precious fabric was used as a currency of exchange, until the trade secret and a few caterpillars arrived in Europe where sericulture would develop.

S’il ne transite plus de soie sur la vieille route, Ella et Peter y rencontrent des caravanes avec lesquelles il leur arrive de cheminer.
There is no more silk on the old road, but Ella and Peter meet there some caravans and sometimes they travel with.

Ella Maillard raconte ce périple de sept mois dans « Oasis interdites » et Peter Fleming  dans « Courrier de Tartarie ».
Ella Maillard recounts this seven-month journey in « Oasis interdites » and Peter Fleming in « News from Tartary. »

De solides connaissances en histoire rendraient plus compréhensibles ces deux récits, et un atlas ouvert en permanence pour suivre l’avancée de nos valeureux explorateurs s’avérerait lui aussi fort utile. Mais il reste une question sans réponse, même si Ella aussi bien que Peter y ont répondu : pourquoi se lancer dans de telles entreprises ? Je comprends que ni l’un ni l’autre n’ait voulu finir rond-de-cuir dans quelque bureau gris et poussiéreux, mais il existe d’autres façons de vivre sa vie que d’affronter le froid, le chaud, la soif, l’attente interminable et autres innombrables désagréments. Sans oublier le risque de finir en prison, risque prévu : nos deux héros emportent leur machine à écrire.
A strong knowledge of History would make both of these stories more understandable, and an atlas permanently open to track the progress of our brave explorers would also prove very useful. But there remains an unanswered question, even if both Ella and Peter have answered it: why get into such ventures? I understand that neither of them wanted to end up slick in some gray and dusty office, but there are other ways of living your life than facing the cold, the heat, thirst, endless waiting and countless other inconveniences. Without forgetting the risk of ending up in a jail, the foreseen risk: our two heroes take away their typewriters.

Ils s’en fichent. Laissons-les disparaître au galop à l’horizon, avant-garde d’une file interminable de chameaux.
They do not care. Let them gallop across the horizon, the vanguard of an endless line of camels.

Si je vous parle d’Afghanistan, de Kirghizistan et de Tadjikistan, à tous les coups vous allez être capables d’en dessiner les contours à main levée ou encore de les situer sur une carte d’Afrique. D’Afrique ?
If I tell you about Afghanistan, Kyrgyzstan and Tajikistan, of course you are going to be able to draw their outlines freehand or even locate them on a map of Africa. Of Africa?

Route de la soie toujours, un peu à l’ouest du périple précédent. Avec des images grandioses pour raconter un des voyages de Claude Marthaler.
Silk Road still, a little to the west of the previous journey. With grandiose images to tell of one of Claude Marthaler’s travels.

Je peux me tromper, mais j’ai l’impression que l’accident de parapente, où sa colonne vertébrale a été brisée, est une des raisons de sa passion pour le vélo. J’imagine que son mollet détruit a été reconstitué par des auto-greffes, je sais que cela existe. À un autre moment, il le dit lui-même, le deuil de son frère mort dans un accident de spéléo l’a poussé à faire un voyage. Le compteur kilométrique de mon vélo le ferait rigoler, lui qui ajoute plusieurs zéros au sien ! Un tour du monde à vélo lui a pris sept ans (1994-2001).
I could be wrong, but I feel that the paragliding accident, where his spine was broken, was one of the reasons for his passion for cycling. I imagine his destroyed calf was replenished by autografts, I know there are. At another point, he says himself, mourning for his brother who died in a caving accident prompted him to take a trip. The odometer on my bike would make him laugh, he who adds several zeros to his! Cycling around the world took him seven years (1994-2001).

Encore une fois c’est par PaJu que nous avons découvert ce cycliste extraordinaire, un cyclonaute comme il se désigne lui-même, une de ces personnalités profondément humaines qui attirent l’attention et restent dans les mémoires. Nous avons regardé « Embrasser la terre » avec un vif intérêt. Ce film a été tourné au Tadjikistan par Alexandre Lachavanne : celui-ci pédale derrière, devant ou à côté de Claude, tenant la caméra de la main droite ! Claude est filmé même quand il pousse le vélo et ses 60 kilos de chargement à pied sur un chemin accidenté ou pour traverser un torrent. Alexandre, respect. Le caméraman a suivi le même parcours difficile, la main droite occupée par la caméra ! Pour des raisons de tournage, ils se séparent et Claude continue seul…
Once again it was through PaJu that we discovered this extraordinary cyclist, a cyclonaut as he calls himself, one of those deeply human personalities who attract attention and remain in our memories. We watched « Embrasser la terre » with keen interest. This film was shot in Tajikistan by Alexandre Lachavanne: he pedals behind, in front of or next to Claude, holding the camera in his right hand! Claude is filmed even when he pushes the bike and its 60 kilos of load on foot on a rough path or to cross a torrent. Alexandre, respect. The cameraman followed the same difficult route, his right hand occupied by the camera! For filming reasons, they separate and Claude continues alone …

En attendant, on aura bien profité des paysages à couper le souffle. « Elles sont si belles ces montagnes ! » dit Claude à une paysanne perdue au milieu de nulle part. Comment peut-elle faire vivre son troupeau dans ces champs de cailloux ? La femme ne réagit pas à cet enthousiasme, « il fait trop froid ».
In the meantime, we will have enjoyed the breathtaking landscapes. « These mountains are so beautiful! » Claude says to a peasant woman lost in the middle of nowhere. How can she support her herd in these stone fields? The woman does not react to this enthusiasm, « it’s too cold ».

Sur le lien que voici, la vidéo dure une heure et demie, avec interview de Claude et Alexandre avant et après le film d’Alexandre. Je crois que les interviews n’apparaissent pas sur PaJu (question de format ?).
On the link below, the video lasts an hour and a half, with an interview with Claude and Alexandre before and after Alexandre’s film. I don’t think the interviews appears on PaJu (format question?).

Son site – Claude’s site

Claude ne fait pas que pédaler, il écrit. Je suis allée à la pêche sur Babélio :
Claude doesn’t just pedal, he writes. I went fishing on Babélio:

« Voyages sellestes »
« La vie ne trouve-t-elle pas précisément son accomplissement dans la simplicité, la gratuité et la lenteur, dans ce qui ne compte pas? »
« Voyager, c’est aussi visiter les amis qu’on ne savait pas avoir. »
« Durant tous mes voyages, les gens ont été mon carburant. L’amour qu’ils m’ont donné est le plus beau cadeau que j’aie reçu dans ma vie. »
« Voyages sellestes »
« Doesn’t life find its fulfillment precisely in simplicity, gratuitousness and slowness, in what does not count? »

« Traveling is also visiting friends you didn’t know you had. »
« In all of my travels, people have been my gas. The love they have given me is the greatest gift I have ever received. »

Ella, Peter, Claude, Alexandre et tant d’autres ! Je pense aussi à Bernard Olivier, pas sur un chameau, pas sur un poney, ni sur un vélo, mais seulement sur ses pieds. Tous ces gens sont eux aussi du carburant comme le dit Claude. J’en ai des fourmis dans les pieds mais au moins grâce à eux  je peux voyager sans bouger de chez moi.
Ella, Peter, Claude, Alexandre and so many others! I also think of Bernard Olivier, not on a camel, not on a pony, nor on a bicycle, but only on his feet. All these people are also fuel as Claude says. I have ants in my feet but at least thanks to them I can travel without leaving home.

La dernière de l’année

Janvier - January

Calendrier - Calendar
Ce mardi, je commence ma cinquième semaine d’éclopée.
This Tuesday, I begin my fifth week of cripple.

J’entends souvent dire que 2020 aura été l’année la pire : je peux comprendre cela mais je ne le ressens pas. Bien sûr, être retraitée devient comme une espèce de privilège, payée tous les mois à ne rien faire, sans oublier que nous sommes logés dans une maison confortable et que nous avons de l’espace aussi bien dedans que dehors. Au printemps un certain calme inhabituel était très appréciable, peu de voitures ou d’avions, même si les inévitables coqs ne baissaient pas la garde.
I often hear that 2020 will have been the worst year: I can understand it but I don’t feel it. Of course, being a retiree becomes a sort of privilege, paid every month for doing nothing, not forgetting that we live in a comfortable house and have space both inside and out. During the spring some unusual calm was very appreciable, few cars or planes, although the inevitable roosters did not let their guard down.

J’ai eu la sensation que nous entrions dans une période de sobriété, sortant de la consommation frénétique – qui n’a jamais été mon truc – sobriété que je partageais de gré ou de force avec tout le monde. J’ai été un peu déçue, rêvant de prises de conscience – et je sais qu’il y en a eu – quand la consommation a repris, dans la fièvre.
It felt like we were entering a period of sobriety, emerging from the frenetic consumption – which was never my thing – sobriety that I willingly or by force shared with everyone. I was a little disappointed, dreaming of realizations – and I know there were – when the consumption resumed, in a fever.

Février - February

Dans ces moments-là je pensais aussi à ceux dont la situation déjà dramatique ne pouvait pas empirer. Les pays abandonnés, en guerre, les prisonniers, les enfants-soldats, partout où l’on prend des bombes sur la tronche… Non, ce n’était pas une année pire pour ceux dont le pire constitue le quotidien.
During those moments I also thought of those whose already dire situation could not get worse. The abandoned countries, at war, the prisoners, the child soldiers, wherever you take bombs in the face … No, it was not a worse year for those whose worst is everyday life.

RAS LE BOL des piquouzes !  - FED UP with vaccine!
Tu peux pas allumer ta télé sans voir ça ou ça ou ça.
You can’t turn on your TV without seeing this or that or that.

Les autres - Others
Quand Janis m’a demandé notre adresse, je n’ai rien compris, puisqu’elle m’écrivait ! Elle voulait notre adresse postale et non pas notre adresse courriel. J’ai compris ma stupidité quand nous avons reçu une enveloppe avec des cartes pleines de gentillesse. Elle s’est débrouillée pour trouver notre adresse postale.
When Janis asked me for our address, I didn’t understand anything, since she was writing to me! She wanted our « postal mail », not our « mail by internet ». I understood my stupidity when we received an envelope with cards full of kindness. She managed to find our mailing address.

Bob et Janis étaient chez nous en 2013, plus très jeunes déjà. Malgré mes difficultés pour comprendre l’anglais (difficultés d’audition, je n’ai pas assez de pratique à l’oral), j’ai beaucoup apprécié leur présence chez nous. Mais je ne comprenais malheureusement pas les plaisanteries dont Bob n’était pas avare. Nous nous étions séparés à regret alors qu’ils partaient visiter le sud de la France.
Bob and Janis were with us in 2013, not very young already. Despite my difficulties in understanding English (hearing difficulties, I dont have enough oral practice), I really appreciated their presence with us. But I unfortunately did not understand the jokes that Bob was not averse to. We parted reluctantly as they left to visit the south of France.

Aux États-Unis, se protéger de la pandémie n’a pas l’air facile ! Bob et Janis s’isolent, j’espère qu’ils ne se sentent pas trop seuls…
In the United States, protecting yourself from the pandemic doesn’t sound easy! Bob and Janis isolate themselves, I hope they don’t feel too lonely …

Et je m’aperçois que mon petit blog tranquille avec son petit nombre de lecteurs remplit bien la tâche pour laquelle j’ai voulu le créer ; je disais dans mon premier texte « je veux que ce blog soit un lien : le Charbinat est un arbre dont toutes les branches sont reliées. » Janis, Bob et d’autres attendent le clin d’œil du mardi, et je me sens responsable. Je ne vais pas me donner une importance excessive, non, je suis à ma petite place et je joue mon petit rôle. Par moi passe un petit bout de cet indispensable lien social.
And I realize that my quiet little blog with its small number of readers fulfills the task for which I wanted to create it; I said in my first text « I want this blog to be a link: le Charbinat is a tree whose branches are all connected. » Janis, Bob and others are waiting for the wink of Tuesday, and I feel responsible. I’m not going to give myself too much importance, no, I’m in my little place and I play my little part. A little bit of this essential social link passes through me.

Sur le web - on the web
Je parle parfois de Päivi sur ce blog : elle faisait partie des musiciens pour le spectacle « mémoires d’Italie », il y a plus d’un an. Elle fait aussi de très belles photos que je vous invite à découvrir ici.
I sometimes talk about Päivi on this blog: she was one of the musicians for the show « mémoires d’Italie », over a year ago. She also takes very beautiful photos that I invite you to discover here.

Pascal Mary a enregistré « la prière des animaux », rigoler un moment sur la pandémie ne peut pas faire de mal. S’intéresser aux artistes qui cherchent à exercer leur talent malgré l’interdiction des concerts est vital pour eux.
Pascal Mary recorded « la prière des animaux », laughing for a moment on the pandemic can not hurt. Taking an interest in artists who seek to exercise their talent despite the concert ban is vital for them.

 

Ah ce qu’on est bien
sans le genre humain
ah ce qu’on est bien
gardez le confiné jusqu’à la st glinglin
Oh how good we are
without the human race
oh how good we are
keep him confined till the cows come home

 

Mars - March

De son côté, tous ses concerts et spectacles ayant été annulés depuis mars, Claude Semal a « profité du confinement pour mettre sur pied un web-magazine avec abonnement à prix libre. Oui, oui, à partir d’un euro par an (même si la moyenne est actuellement à 26) ;-) . »
For his part, all his concerts and shows having been canceled since March, Claude Semal « took advantage of the confinement to set up a web-magazine with free subscription. Yes, yes, from one euro per year (even if the average is currently 26) ;-) . »

Vous pouvez le feuilleter librement, à vous de voir quel soutien vous souhaitez et pouvez accorder à cet artiste.
You can browse it freely, it’s up to you to see what support you want and can give to this artist.

Avril - April

Et bien entendu si vous passez du temps sur le web, découvrez ou retrouvez « les dessins pour la paix ».
And of course if you spend time on the web, discover or find again « cartooning for peace ».

Allez sur cartoonothèque pour trouver des dessins tel celui-ci dans la rubrique « censure & liberté d’expression. »
Go to the cartoonothèque to find drawings like this one in the « censure & liberté d’expression » section.

Moi moi moi ! - Me me me!
Voilà quatre semaines que je suis manchote. Bains de soleil, mais avec le froid ça devient très compliqué, balades dehors… ou dedans, je donne le tournis à Paul en grimpant un escalier pour descendre par l’autre. Tout ça constitue mon quotidien.
I’ve been one-armed for four weeks. Sunbathing, but with the cold it gets very complicated, walks outside … or inside, I make Paul dizzy as I climb a staircase to go down the other. All this constitutes my daily life.

Mai - May

Un jour, par grand froid, sous un petit vent du nord qui pince, nous croisons Manwei sur son vélo : une autre fois, j’aurais fait demi-tour pour bavarder un moment à la maison, mais j’accorde une grande importance à ma petite santé. Il me semble que faire de l’exercice est devenu prioritaire, que ça favorisera ma guérison, alors nous continuons la balade. Quel dommage !
One day, in very cold weather, under a small northerly wind, we passed Manwei on her bike: another time, I would have turned around to chat for a while at home, but I attach great importance to my little health. It seems to me that exercising has become a priority, that it will promote my recovery, so we continue the ride. What a pity !

Photos
Pour cette dernière chronique 2020, je fais en photo le tour de l’année écoulée.
For this latest column 2020, I offer photos from the past year.

Juin - Jun

Rencontres - encounters
Trois infirmiers, Bertrand, Hervé et Gaëlle, viennent chacun à son tour chaque matin pour m’aider à prendre ma douche : avec l’aide de Paul, je peux tout faire, sauf enlever ou mettre le tee-shirt, geste délicat qui doit se faire sans bouger l’épaule.
Three nurses, Bertrand, Hervé and Gaëlle, each come in turn each morning to help me take my shower: with Paul’s help, I can do everything except take off or put on the T-shirt, a delicate gesture that must be done without moving the shoulder.

Juillet - July

Bertrand est notre voisin, le père de Gaëlle aussi, à peine plus loin. En voyant traîner un livre d’Anne McCaffrey, Gaëlle s’est intéressée à « la ballade de Pern ». Hop ! Comme elle lit très vite, elle a dévoré le premier volume. Et l’a prêté à son père, avec mon accord enthousiaste.
Bertrand is our neighbor, Gaëlle’s father too, barely further away. Seeing an Anne McCaffrey book lying around, Gaëlle became interested in « Dragonriders of Pern ». Hop! As she reads very quickly, she devoured the first volume. And lent it to her father, with my enthusiastic agreement.

1er août - 1st of August

Son père s’intéresse aussi aux tiny house, après tout il en stationne trois ici : une que Séb a du mal à vendre à cause des confinements – rassurez-vous, le prochain ne tardera pas ! Les deux autres sont habitées l’une par Lolo, l’autre par Séb. Ce dernier est coincé ici et ne peut guère faire de projets de voyage, dans le contexte actuel.
His father is also interested in tiny houses, after all three park here: one that Séb is having trouble selling due to lockdowns – don’t worry, the next one will be soon! The other two are inhabited, one by Lolo, the other by Séb. The latter is stuck here and can hardly make travel plans, in the current context.

Septembre - September

De nouveaux liens se tissent avec ces nouvelles personnes. De l’autre côté du Charbinat s’est construit un lotissement, maintenant entièrement habité, sans que nous connaissions un seul de ses habitants. Cela finira peut-être par se faire ?
New links are forged with these new people. On the other side of Charbinat, a housing estate has been built, now fully inhabited, without our knowing a single one of its inhabitants. Maybe it will eventually happen?

Octobre - October

Voici mon dernier petit envoi pour 2020, un peu plus foutoir que d’habitude peut-être, ce qui n’est pas rien. J’espère qu’il vous trouvera en forme. Je ne peux pas rédiger d’histoire passionnante avec suspense haletant en me basant sur mon quotidien de « manchote ». Je lis beaucoup, tiens, je pourrais vous présenter quelques bouquins la prochaine fois…
Here is my last little sending for 2020, a little more mess than usual maybe, which is no small feat. I hope it finds you in good shape. I cannot write a compelling story with breathless suspense based on my daily life as a « one-armed ». I read a lot, well, I could present you some books next time …

Novembre - November

 

 

Finissez bien l’année !
End the year well!

Décembre, photo de Paul - December, photo by Paul

Hozro et bric à brac

MAISONS - HOUSES
Maintenant que j’ai des difficultés pour faire des prises de vue, c’est une chance d’avoir d’avance quelques collections de photos ; je peux donc vous proposer aujourd’hui une série de « maisons tristes. » Non, pas des maisons pour pleurer, des maisons en attente d’âme. Tristes, mais espérant des jours meilleurs. En allant fréquemment à Saint-Victor-de-Morestel, j’ai repéré la première de ma petite collection, une jolie maisonnette entourée d’un parc, avec marquise et éclairage, une devant, une derrière. Le cadenas rouillé bloque un portail rouillé lui aussi, derrière lequel se corrode une bétonnière submergée par la végétation.
Now that I’m having trouble taking pictures, it’s a good idea to have some photo collections ahead of time; so I can offer you today a series of « sad houses. » No, not houses to mourn, houses awaiting soul. Sad, but hoping for better days. While going frequently to Saint-Victor-de-Morestel, I spotted the first of my small collection, a pretty little house surrounded by a park, with awning and lighting, one in front, one behind. The rusty padlock blocks a rusty gate too, behind which corrodes a concrete mixer submerged by vegetation.

C’est une maison où il faisait bon vivre, et où il fera bon vivre quand elle sera vendue, remise en état et les volets rouverts.
This was a good house to live in, and will be a good place to live when it is sold, refurbished and the shutters reopened.

ARBRE – TREE
Doris a accepté avec enthousiasme que « son » érable devienne celui de Mathieu. C’est Paul qui a eu l’idée de le lui demander. Avec les photos que j’ai publiées la semaine dernière, Mathieu aura la chance de pouvoir suivre rétrospectivement les débuts de son arbre.
Doris enthusiastically accepted that « her » maple would become Mathieu’s. It was Paul who had the idea to ask her. With the photos I published last week, Mathieu will have the chance to be able to follow in retrospect the beginnings of his tree.

ET… - AND …
Après un peu plus de deux semaines, j’ai fait le point avec le médecin à qui j’ai pu poser toutes mes questions. Tout se passe pour le mieux, j’attends avec grande impatience l’examen du 14 janvier : je saurai si la consolidation ne traîne pas trop en longueur, ce qui ne serait pas étonnant à soixante-huit ans. Je n’entre pas plus dans les détails que je trouve sans intérêt ici, et je trouve tout autant sans intérêt de me complaire dans ce sujet.
After a little over two weeks, I reviewed the situation with the doctor, to whom I was able to ask all my questions. Everything is going for the best, I look forward to the exam on January 14: I will know if the consolidation is not dragging on too long, which would not be surprising at sixty-eight. I don’t go into more detail that I find irrelevant here, and I find it equally irrelevant to indulge in this subject.

D’ailleurs je crois que nous avons tous besoin de fraîcheur, de douceur, de bien-être, de quitter nos angoisses et de respirer, AAAAAAAAAAAH !, un grand coup.
Besides, I believe that we all need freshness, softness, well-being, to leave our anxieties and to breathe, AAAAAAAAAAAH !, a big blow.

Nous regardons souvent parmi les émissions de la Radio Télévision Suisse celles de la collection PaJu (passe-moi les jumelles), consacrées à des personnages hors du commun. Nous finissons par être imprégnés d’humanité, par nous sentir régénérés à force de croiser, même par écran interposé, de si belles personnes. Pour moi elles sont la réponse à l’avancée inexorable du rouleau compresseur.
We often watch among the programs of Radio Télévision Suisse those from the PaJu collection (pass me the binoculars), devoted to extraordinary characters. We end up being imbued with humanity, by feeling regenerated by dint of meeting, even through a screen, such beautiful people. To me they are the answer to the inexorable advance of the steamroller.

Non, il n’y a pas de complot, l’idée est grotesque, et les buts de nos gouvernants sont évidents : il s’agit de faire toute la place au libéralisme, et ce mot qui contient « liberté » dans sa racine évoque la liberté laissée aux possédants de tout faire pour posséder encore plus. Une liberté non partagée, réservée à l’élite. Ce qui est bien plus grave que leurs complots à la gomme.
No, there is no conspiracy, the idea is grotesque, and the goals of our rulers are obvious: it is a question of making room for liberalism, and this word which contains « freedom » in its root evokes the freedom left to the owners to do everything to have more. An unrequited freedom, reserved for the elite. Which is far more serious than their gum plots.

En arrivant au pouvoir, Macron avait sa feuille de route toute tracée et cela seul compte pour lui. Bien sûr, il doit s’adapter au jour le jour et parmi d’autres broutilles, les gilets jaunes ou la pandémie ne lui simplifient pas la tâche. Si c’est plus que ce à quoi il pouvait s’attendre, il a les réponses toutes prêtes dans son arsenal répressif. Mais n’est-il pas interchangeable ? Tu en enlèves un et tu mets en place sa copie conforme, qui en entrant à l’Élysée trouvera la même feuille de route.
When he came to power, Macron had his road map drawn up and only that  counts for him. Of course, he has to adapt from day to day and among other trifles, yellow vests or the pandemic do not make it easy for him. If that’s more than he expected, he has the answers ready in his repressive arsenal. But isn’t he interchangeable? You remove one and put in its exact copy, which upon entering the Élysée will find the same route map.

Je dis ça… En même temps je suis partagée car les scores de l’extrême-droite sont de plus en plus élevés à chaque élection présidentielle, et ce basculement possible en 2022 ne m’enchanterait pas. On a de bonnes raisons de s’inquiéter quand la démocratie recule insidieusement.
I say that … At the same time I am divided because the scores of the far-right are higher and higher with each presidential election, and this possible change in 2022 would not please me. There is good reason to be concerned when democracy creeps backwards.

Or la sauvegarde de la vie sur la planète ne peut passer que par des bouleversements tels que la feuille de route évoquée plus haut sera définitivement reléguée aux oubliettes.
However, saving life on the planet can only go through upheavals such that the roadmap mentioned above will definitely be relegated to oblivion.

 

Il me semble pourtant, à cause du cynisme grandissant de nos dirigeants, que les choses sont de plus en plus visibles : l’ennemi, ce n’est pas le voisin, l’étranger, l’Autre, l’inconnu… L’ennemi, les ennemis, ce sont ceux qui ont le pouvoir, ceux qui génèrent des lois, ceux qui pèsent sur nos existences, les nantis, les exploiteurs, perchés au plus haut de notre société pyramidale. Les financiers, les patrons, certains leaders syndicaux qui trahissent le peuple pour l’honneur de siéger eux aussi en haut lieu… Ces gens ne cherchent pas à raboter les inégalités puisque celles-ci s’accentuent régulièrement.
However, it seems to me, because of the growing cynicism of our leaders, that things are more and more visible: the enemy is not the neighbor, the foreigner, the Other, the unknown … enemy, the enemies, they are those who have the power, those who generate laws, those who weigh on our lives, the haves, the exploiters, perched at the top of our pyramidal society. The financiers, the bosses, some union leaders who betray the people for the honor of also sitting in high places … These people do not seek to level the inequalities since they are increasing regularly.

Amis, qu’allons-nous devenir ? Le confinement a détruit le lien social, les hôpitaux psychiatriques débordent. Le nombre de nouveaux pauvres explose. La culture est mourante, parce que les spectacles quels qu’ils soient (danse, chant, théâtre, cinéma…) ça fait RÉFLÉCHIR, alors c’est pas demain qu’on va nous laisser retourner réfléchir un coup. « Tu fais quoi ce soir ? – Moi, je vais réfléchir au Gaumont, et toi ? – Moi, salle Pleyel, on se retrouve après et on croise nos réflexions ? – Génial ! »
Friends, what will become of us? Confinement has destroyed the social link, psychiatric hospitals are overflowing. The number of new poor is exploding. Culture is dying, because whatever shows (dance, song, theater, cinema…) makes you THINK, so it’s not tomorrow that they’re going to let us go back and think again. « What are you doing tonight ? – Me, I’m going to think at the Gaumont, and you? – Me, Salle Pleyel, will we meet up afterwards and cross our thoughts? – Awesome ! »

Stationnement très longue durée
Very long-term parking

Amis, qu’allons-nous devenir ? Les Amérindiens Navajos ont un terme quasi impossible à prononcer, quasi impossible à traduire, terme qui désigne la beauté, l’harmonie, l’équilibre. S’ils vous entendent prononcer lamentablement « hozro », ils sont morts de rire ! Si le mot est difficile pour nos pharynx européens, le sens est accessible à tous. Il s’agit de marcher dans la beauté, pas seulement celle qui fait dire que nous sommes de belles personnes. Il s’agit aussi de faire en sorte de générer la beauté. Pas seulement d’aménager notre lieu de vie de façon harmonieuse, il s’agit aussi de capter la beauté à laquelle nous n’avions pas accordé notre attention. Là où on n’avait jamais jeté un regard, discerner une petite, toute petite beauté un peu timide, si discrète qu’on la croyait quelconque.
Friends, what will become of us? The Navajo Native Americans have a term that is almost impossible to pronounce, almost impossible to translate, a term which refers to beauty, harmony, balance. If they hear you say « hozro » miserably, they laugh out loud! If the word is difficult for our European pharynx, the meaning is accessible to all. It’s about walking in beauty, not just beauty that makes people say we are beautiful people. It is also about making sure to generate beauty. Not only to arrange our living space in a harmonious way, it is also about capturing the beauty to which we had not paid our attention. Where we had never looked, discerned a little, very little beauty a little shy, so discreet that we thought it was ordinary.

En d’autres termes, il s’agit de développer notre humanité. Innombrables sont les récits (dans la littérature, le cinéma, mais pas seulement) qui évoquent cet accord avec soi-même et les autres, ce bien-être trouvé, retrouvé, quand on a comme priorité l’humain, avec pour compagnie l’empathie, toutes les valeurs fondées sur le respect de l’autre et l’acceptation… Je ne crois pas en aucun autre changement que celui-ci, qui développe l’altruisme.
In other words, it is about developing our humanity. Innumerable are the stories (in literature, cinema, but not only) which evoke this agreement with oneself and others, this well-being found, rediscovered, when we prioritize the human being, with the company of empathy, all values based on respect for others and acceptance… I don’t believe in any other change than this, which develops altruism.

Est-ce que je suis en train de m’écouter parler ? Ces propos ont peut-être l’air pédants… J’essaie seulement d’exprimer une conviction profonde…
Am I listening to myself speak? These words may sound pedantic … I am only trying to express a deep conviction …

LES SURPRISES ! – THE SURPRISES !
Au moment où Paul et moi partons faire quelques pas, c’est l’arrivée surprise d’Armelle : elle avait bien annoncé sa visite, sans préciser la date. Elle nous laisse un de ces petits cadeaux qui font chaud au cœur et entretiennent l’amitié… Armelle est étonnée par mon anglais, moi j’ai conscience de mes faiblesses. Mon anglais est « rude » m’a-t-on dit un jour, va pour un anglais rude !
As Paul and I leave for a few steps, it is the surprise arrival of Armelle: she had announced her visit, without specifying the date. She leaves us one of those little gifts that warm the heart and maintain friendship … Armelle is surprised by my English, I am aware of my weaknesses. My English is « rough » I was once told, go for rough English!

Alors que nous avons fait demi-tour, nous voyons arriver Manwei qui grimpe la côte en vélo : elle met un casque maintenant ! Nous sommes bien contents de la voir, nos escapades nous manquent.
As we have turned around, we see Manwei arrive who is climbing the hill on her bike: she is now putting on a helmet! We are very happy to see her, we miss our escapades.

Les ronces et les arbustes ont investi l’habitacle !
Brambles and shrubs have taken over the interior!

 

Les groupes « yahoo » disparaissent : je faisais partie d’une liste de discussion, dans le domaine de la chanson, qui renaît sous une autre formule. Je trouve normal d’encourager le modérateur qui souhaite conserver la possibilité d’échanger, même si la liste avait sombré dans la torpeur. J’évoque mon accident pour expliquer pourquoi j’ai mis si longtemps à réagir. Sans me douter que Martine Scozzesi allait me lire !
The « yahoo » groups are disappearing: I was part of a discussion list, in the field of song, which is reborn in a different form. I find it normal to encourage the moderator who wishes to retain the opportunity to chat, even if the list had sunk into torpor. I bring up my accident to explain why it took me so long to react. Without suspecting that Martine Scozzesi was going to read me!

Martine était venue il y a cinq ans donner dans notre salle à manger un concert mémorable. On l’avait invitée à nouveau… au mois de mars, avant que la catastrophe se déclenche. On avait donc reporté sa venue en mars 2021, en espérant que ce sera possible.
Martine came five years ago to give a memorable concert in our dining room. We had invited her again … in March, before the disaster struck. We had therefore postponed her arrival in March 2021, hoping that it will be possible.

Consternée en apprenant mon accident, elle me dit… qu’elle s’est cassé l’épaule : elle a de l’avance sur moi, elle est en rééducation. Mais alors… nous allons pouvoir, comme elle le souhaite, « fêter ensemble nos réparations osseuses » ? Faites attention, ne sortez pas trop, respectez les gestes barrière, évitez les rassemblements… comme ça nos retrouvailles pourront se faire ! Luttons de toutes nos forces contre la pandémie pour que Martine et moi puissions nous donner une belle claque sur l’épaule !
Dismayed when she heard of my accident, she told me… she broke her shoulder: she is ahead of me, she is in rehabilitation. But then… we will be able, as she wishes, to « celebrate our bone repairs together »? Be careful, do not go out too much, respect barrier gestures, avoid gatherings … this way our reunion can be done! Let’s fight with all our might against the pandemic so that Martine and I can give each other a nice slap on the shoulder!

 Voleuse ! – Thief!
J’ai « emprunté » à Bernadette une idée rigolote
I « borrowed » a funny idea from Bernadette
…et je vous envoie mes meilleurs voeux pour Noël!
… and I send you my best wishes for Christmas!

Christmas: no more than 6 at the table…
« Open up! Motherfucker!!! »

Un raté presque réussi
An almost successful failure

Message et photo de Yves :
(merci pour l’autorisation de publier)
Les roseaux d’Ambléon
sont comme des calames sur un papyrus
dont Alexandre Calder se serait inspiré pour ses structures mobiles.

Message and photo from Yves:
(thank you for permission to post)
The reeds of Ambléon
are like calames on a papyrus
from which Alexandre Calder would have been inspired for his mobile structures.