En suivant le cacatoès

Notre quotidien est tellement semblable à lui-même d’un jour à l’autre qu’il n’y a rien de bien palpitant à raconter : je supporte tant bien que mal le changement d’heure, Paul jardine. Il est passé à l’heure d’été comme une lettre à la poste, moi pas. Nous voilà de nouveau confinés, pourtant il faudrait que je revois mon père, trop isolé.
Our day-to-day life is so similar to itself from day to day that there is nothing very exciting to say: the clocks are changing again and I bear it as best I can, Paul is gardening. He switched to daylight saving time easily, I didn’t. Here we are again confined, yet I would have to see my father again, too isolated.

Paul a planté des kiwaï il y a quelques années, ils n’ont encore rien donné mais ils courent et ils courent (les tiges peuvent dépasser quinze mètres de long !). Laurent a complété le grillage posé par Paul, en ajoutant une structure en métal en forme de dôme et une deuxième rangée de piquets pour leur donner de l’espace. Et faire aussi pousser de nouveaux plants.
Paul planted kiwai a few years ago, they haven’t given anything yet but they run and they run (the stems can be over fifteen meters long!). Laurent completed the wire mesh set by Paul, adding a dome-shaped metal structure and a second row of stakes to give them space. And also grow new plants.

Moins connu que le kiwi, le kiwaï (actinidia arguta) fait partie de la famille des actinidia, j’ai piqué sur Wikipédia la photo comparant la taille du kiwi (le plus gros) et du kiwaï.
Less well known than the kiwi, the kiwai (actinidia arguta) is part of the actinidia family, I took a photo on Wikipedia comparing the size of the kiwi (the largest) and the kiwai.

Séb a fait plusieurs séances de bûcheron avec Claude, nous voilà avec un beau tas de bois pour l’hiver prochain.
Séb did several lumberjack sessions with Claude, here we are with a nice pile of wood for next winter.

Je lis beaucoup, je vais vous en dire plus sur « L’appel du cacatoès noir » de John Danalis, un ouvrage remarquable dont je vous ai donné le titre il y a quelques temps. Paul et moi en avons parlé sur Babélio, je reprends presque intégralement le texte que nous avons rédigé.
I read a lot, I will tell you more about « Riding The Black Cockatoo » by John Danalis, a remarkable book which I gave you the title some time ago. Paul and I spoke about it on Babélio, I take almost the entire text that we wrote.

Blanc, Australien, l’auteur a fort peu côtoyé les Aborigènes pendant une quarantaine d’années sans connaître à leur sujet autre chose que des clichés. C’est presque par hasard, ce hasard auquel il ne croira plus, à force, qu’il décide de restituer aux siens un crâne que son collectionneur de père avait exposé dans le salon familial et que John a toujours connu.
White, Australian, the author had little contact with the Aborigines for forty years without knowing anything about them other than stereotype. It is almost by chance, this chance that he will no longer believe, by force, that he decides to return to his family a skull that his collector father had exhibited in the family living room and that John has always known.

Avant la prise de conscience que va faire John Danalis, la présence du crâne exposé chez ses parents le laissait indifférent.
Before the realization that John Danalis is going to make, the presence of the exposed skull in his parents left him indifferent.

Cette restitution du crâne, l’imposante cérémonie qu’elle va générer, de nouvelles amitiés avec les Aborigènes vont modifier en profondeur l’existence de John. Il prend conscience de la richesse de leur culture et se met à l’étudier avec passion.
This restitution of the skull, the imposing ceremony it will generate, new friendships with the Aborigines will profoundly change John’s existence. He realizes the richness of their culture and begins to study it with passion.

Cela change sa vision du monde.
It changes his view of the world.

À titre de comparaison, il nous suggère de définir ce qu’est l’Europe en quelques paragraphes : mission impossible, le sujet est trop riche et complexe. La culture aborigène est tout autant riche et complexe, et elle permet [p 215] « de cohabiter simultanément dans les monde rationnel et spirituel. »
By way of comparison, he suggests that we define what Europe is in a few paragraphs: mission impossible, the subject is too rich and complex. Aboriginal culture is just as rich and complex, and it allows to coexist simultaneously in the rational and spiritual world.

Ce beau récit autobiographique se lit comme un roman, bien écrit, bien structuré, à l’issue duquel on n’est plus la même personne : ce qui est vrai pour John Danalis, au terme d’une véritable quête initiatique, peut le devenir pour vous ou moi.
You read this beautiful autobiographical story like a novel, well written, well structured, at the end of which we are no longer the same person: what is true for John Danalis, at the end of a real initiatory quest, can become so, for you or me.

Pour moi, ce livre est bien plus qu’une occasion de se distraire, ou même de se cultiver. C’est un ouvrage d’une grande importance, il pousse à une prise de conscience et il doit nous ouvrir l’esprit, suivant en cela la démarche de John Danalis. Tous les lecteurs de ce livre ne vont pas nécessairement émigrer en Australie, ni même étudier à fond la culture aborigène, mais peut-être allons-nous manifester plus d’attention bienveillante à l’égard de l’Autre, l’étranger, l’inconnu.
For me, this book is more than a chance to have fun, or even to cultivate myself. It is a work of great importance, it raises awareness and it should open our minds, following the approach of John Danalis. Not all readers of this book will necessarily emigrate to Australia, or even study Aboriginal culture in depth, but perhaps we will show more benevolent attention to the Other, the stranger, the unknown.

Car nous avons tant à apprendre des Aborigènes. Mais, au contraire, les Européens, imbus de leur soi-disant supériorité, n’ont pas cherché à connaître les « sauvages » quand ils ont exploré l’Australie ; ils ont décidé que leur niveau d’intelligence était fort bas, que le leur était largement supérieur. Aussi valait-il mieux élever les enfants aborigènes en les coupant de leur milieu d’origine.
Because we have so much to learn from the Aborigines. But, on the contrary, the Europeans, imbued with their so-called superiority, did not seek to know the « savages » when they explored Australia; they decided that their intelligence level was very low, that theirs was much higher. So it was better to bring up Aboriginal children by cutting them off from their background.

En janvier 2020, j’avais parlé du vol légal d’enfants pratiqué dans d’innombrables pays : Groënland, Canada, l’Espagne de Franco ou le Chili de Pinochet, Guatemala, Suisse, Angleterre, et bien sûr France et Australie. Ce ne serait pas surprenant de découvrir que cette pratique existe encore ici ou là.
In January 2020, I spoke about the legal theft of children practiced in countless countries: Greenland, Canada, Franco’s Spain or Pinochet’s Chile, Guatemala, Switzerland, England, and of course France and Australia. It would not be surprising to find that this practice still exists here and there.

Pour John Danalis, le fait d’enlever de force les enfants aborigènes à leur famille est un [p118] « génocide culturel et spirituel. »
For John Danalis, forcibly removing Aboriginal children from their families is a cultural and spiritual genocide.

La suffisance, l’arrogance du Blanc, John ne manque pas de la rencontrer. Alors que les Aborigènes occupent un lieu sacré qu’on veut leur confisquer, une chaîne de télévision privée s’installe en espérant avoir du « bien saignant » à filmer. Les militants gardent difficilement leur sang-froid alors qu’on les couvre d’insultes et de moqueries afin de filmer une séquence sensationnelle.
The complacency, the arrogance of the White, John does not fail to meet it. As the Aborigines occupy a sacred place that they want to confiscate, a private television station sets up, hoping to have « bleeding good » to film. The activists find it difficult to keep their cool as they are showered with insults and mockery in order to film a sensational sequence.

L’auteur compare le comportement de ses nouveaux amis et celui des citadins stressés dont l’existence se poursuit entre nourriture industrielle, embouteillages, course permanente contre la montre. Avec humour et second degré, il reconnaît lui-même combien il a été surpris à tel ou tel moment par les Aborigènes : non, ils ne vivent pas dans des taudis, non ils ne mangent pas des larves d’insectes…
The author compares the behavior of his new friends with that of stressed city dwellers whose existence continues between junk food, traffic jams, and a constant race against time. With humor and second degree, he himself recognizes how much he has been surprised at such and such a moment by the Aborigines: no, they do not live in slums, no they do not eat insect larvae …

 

J’éprouve moins d’enthousiasme pour « Wanda », le récit fort conventionnel de Madeleine Mansiet-Berthaud : Wanda est une muda muda, une métisse. Ce long roman, une fiction, est extrêmement documenté, assez réaliste. Une partie se passe en France alors que c’est surtout le personnage de Wanda qui m’intéresse.
I am less enthusiastic about « Wanda », the very conventional story of Madeleine Mansiet-Berthaud: Wanda is a muda muda, a mixed race. This long novel, a fiction, is extremely documented, quite realistic. Part of it takes place in France when it is mainly the character of Wanda that interests me.

L’auteur de Wanda ayant publié les ouvrages de référence qui lui ont été utiles, je vous les signale à mon tour, si le sujet vous intéresse, mais je ne connais pas ces ouvrages :
Since the author of Wanda has published the reference books that have been useful to her, I point them out to you in turn, if the subject interests you, but I am not familiar with these books:
- « le chemin de la liberté » de Doris Pilkington (éditions Autrement) livre à l’origine d’un docu-fiction au même titre, de Phillip Noyce.
- « En terre aborigène » de François Giner aux éditions Albin Michel
- « Message des hommes vrais au monde mutant » de Marlo Morgan aux éditions Albin Michel
- « Australian lady » de Barbara Wood, aux éditions Presses de la Cité
Internet a changé ma façon de lire : maintenant je pose souvent mon livre pour faire une recherche sur ceci ou cela, sur celui-ci ou celui-là. C’est pourquoi je peux vous proposer ces photos de Gary Murray, cet aîné du groupe des Wamba Wamba, vêtu de la fameuse cape en peau d’oppossum largement décrite par John.
The Internet has changed the way I read: now I often put my book down to do research on this or that, this one or that one. That’s why I can bring you these photos of Gary Murray, the elder of the Wamba Wamba group, wearing the famous opossum-hide cloak widely described by John.

Les anglophones peuvent lire ici le récit que cette photo accompagne. Une publication de novembre 2018
English speakers can read the story that this photo accompanies here. A November 2018 publication

 


Cette photo accompagne une interview de Gary Murray d’octobre 2005.
This photo accompanies an interview with Gary Murray from October 2005.

Voici le portrait fait par Craig Ruddy de David Gulpili, chanteur et danseur : ce portrait a tenu compagnie à John, figurant en bonne place dans la chambre d’ami lors de son séjour à Melbourne.
Here is Craig Ruddy’s portrait of singer and dancer David Gulpili: this portrait kept John company, featured prominently in the guest room while in Melbourne.

 

John a cessé de croire au hasard et il le précise tout au long de son texte. Je ne sais pas s’il faut croire au hasard au sujet du cheminement qui a fait tomber son livre dans ma boîte aux lettres. Hasard ou pas, je vous invite vivement à découvrir cet ouvrage et à le faire connaître autour de vous.
John has stopped believing in chance and he specifies it throughout his text. I don’t know if we are to believe in luck about the path that caused his book to fall into my mailbox. Chance or not, I strongly invite you to discover this book and make it known to those around you.

Pour aller plus loin, d’autres sites anglophones.
To go further, other English-speaking sites.

Avec un récit de la restitution et une photo de John Danalis (page 12).
With an account of the restitution and a photo by John Danalis (page 12).

Peut-être même (si j’ai bien compris) un accès libre au livre de John Danalis.
Maybe even (if I understood correctly) free access to John Danalis’ book.

 

Tout gratuiiiiiiiiiit !!!!


J’ai déjà parlé d’argent dans ces colonnes, de cette chose à la fois la meilleure et la pire, qui peut nous rendre malade, et qui est distribuée de façon tellement inégalitaire ! On pourrait presque dire que la notion d’argent est inscrite dans nos gênes, souci permanent pour ceux qui en manquent le plus, et sans doute aussi pour ceux qui en possèdent bien trop.

I’ve talked about money in these columns before, about this both the best and the worst thing that can make us sick, and that is distributed in such an unequal way! You could almost say that the notion of money is written in our genes, a constant concern for those who lack it most, and probably also for those who have too much of it.

Cognassier - Quince tree

Il arrive que certains me disent « l’argent, je m’en fous », à ceux-là je demande illico de me rédiger un gros chèque et bien entendu ils ne le font pas. En réalité ils ne s’en foutent absolument pas.
Sometimes some say to me « money, I don’t care », to those I immediately ask to give me a lot of cash and of course they do not. In fact, they do care of money !

De rose, le prunus vire au brun.
From pink, the prunus turns brown.


Certains qui n’ont pas la maladie d’entasser choisissent de vivre de peu, mais d’autres (sur)vivent de trop peu car ils ne réussissent pas à gagner autant que nécessaire : ceux-là sont devenus beaucoup plus nombreux en un an, alors que des mesures plus ou moins justifiées les privaient de leur travail. Il est tout à fait scandaleux de travailler mais de rester pauvre dans un pays qui n’est pas (encore !) pauvre.
Some who do not have the disease of crowding choose to live on little, but others « (sur)live » (survive) with too little because they do not manage to earn as much as necessary: these have become much more numerous in a year, while more or less justified measures deprived them of their work. It is absolutely scandalous to work but to remain poor in a country that is not (yet!) poor.

Lorsque l’on crée son entreprise, le souci d’argent atteint son intensité maximum, tenir, encore un jour, encore un autre jour — et ne jamais se sentir solide, pendant de longues années. Il me semble que c’est pire encore quand l’entreprise créée est agricole, quand il faut en plus supporter les aléas du climat, prendre soin des animaux. Le plus souvent il est indispensable d’agrandir, de construire ou de rénover : les salaires des agriculteurs sont le plus souvent très bas, pourtant ils doivent investir encore et encore.
When starting a business, worrying about money reaches its peak, to hold on, one more day, one more day – and never feel solid, for years to come. It seems to me that it is even worse when the business created is agricultural, when you also have to endure the vagaries of the climate, take care of the animals. Most often it is essential to expand, build or renovate: the wages of farmers are often very low, yet they have to invest again and again.

viburnum

Cela explique la stupéfaction de l’agricultrice interviewée : elle héberge des bénévoles par l’intermédiaire de Caritas. Des gens choisissent de partager sa dure existence, en échange du logement et des repas, rien de plus. On sent dans ses paroles, ainsi que dans celles d’autres agriculteurs, le profond désespoir qui était le leur à mesure que le temps passait et que les journées étaient toujours trop courtes. Les bénévoles leur permettent de reprendre espoir.
This explains the amazement of the farmer interviewed: she hosts volunteers through Caritas. People choose to share its harsh existence in exchange for accommodation and meals, nothing more. One can sense in her words, as well as in those of other farmers, the deep despair that was theirs as time passed and the days were still too short. Volunteers allow them to regain hope.

Amélanchier - Saskatoon berry

Notre situation n’a jamais été si dramatique !
Mais ces échanges, nous les connaissons depuis 2012, avec toutes ces personnes hébergées chez nous, par une, deux ou trois, plus rarement par quatre. Nous partageons l’émerveillement de l’agricultrice, et après toutes ces années nous ne sommes pas blasés, nous sommes toujours surpris par les nouveaux « helpers ». Nous en avons déjà hébergé pas loin de 90, et nous ne demandons qu’à continuer.
Our situation has never been so dire!
But these exchanges, we know them since 2012, with all these people hosted with us, by one, two or three, more rarely by four. We share the wonder of the farmer, and after all these years we are not jaded, we are always surprised by the new « helpers ». We have hosted close to 90 already, and we just want to continue.

chèvrefeuille - honeysuckle

Nous n’avons pas une exploitation à faire vivre, et nous avons un plan B contrairement aux agriculteurs : quand il nous manque des légumes ou des fruits, nous en achetons et le problème, pour nous, est résolu facilement. Produire notre nourriture n’est pas vital comme pour ces paysans.
We do not have a farm to support, and we have a plan B unlike farmers: when we run out of vegetables or fruit, we buy them and the problem, for us, is solved easily. Producing our food is not as vital as it is for these peasants.

Nashi

L’avez-vous deviné ? L’agricultrice évoquée plus haut, nous l’avons vue dans notre émission de prédilection, « PaJu », sur la RTS (l’émission Passe-moi les Jumelles de la Radio Télévision Suisse), que nous suivons avec toujours autant d’intérêt.
Did you guess? The farmer mentioned above, we saw her in our favorite program, « PaJu », on RTS (the program Passe-moi les Jumelles/Give me the binoculars from Radio Télévision Suisse), which we always follow with as much interest.

Une femme a décidé de ne pas prendre de vacances au sens habituel, elle va passer quatre semaines chez des paysans dans les montagnes suisses. Un homme, lui, part pour cinq mois (si ma mémoire est bonne).
A woman has decided not to take a vacation in the usual sense, she is going to spend four weeks with peasants in the Swiss mountains. A man is leaving for five months (if my memory serves me correctly).

Magnolia

Hébergés, hébergeurs, tous expriment le même enthousiasme, enchantés de l’expérience. Cela n’a pas raccourci l’interminable journée de travail des agriculteurs, mais ici les plantations se font à deux, là les poules sont soignées, ailleurs l’aide partage ses connaissances en mécanique. On assiste dans cette émission à une espèce de basculement vers un mieux.
Guests, hosts, all express the same enthusiasm, delighted with the experience. This did not shorten the endless working day of the farmers, but here the plantings are done by two, there the hens are looked after, elsewhere the helper shares his knowledge of mechanics. We are witnessing in this program a kind of shift towards the better.

Clématite - Clematis

Sans surprise pour ma part, je remarque la surprise de la jeune fermière, étonnée de voir, dans notre monde si égoïste, que des gens acceptent de rendre service. Sans rien demander en échange de plus que ce que le contrat prévoit, logement et nourriture.
Unsurprisingly for me, I notice the surprise of the young farmer, astonished to see, in our world so selfish, that people agree to help. Without asking for anything in return for more than what the contract provides, accommodation and food.

« Il suffit d’ouvrir sa porte et les gens viennent, il suffit d’être accueillant et les gens viennent. » C’est le constat qu’elle fait. Une formule toute simple, mais d’une si grande importance !
« You just open your door and people come, you just have to be welcoming and people come. » This is the observation she makes. A very simple formula, but of such great importance!

Lilas - Lilac

Un peu partout, mais pas assez souvent, on peut trouver des exemples d’entraide. Il faudrait que cette pratique se répande, vite, vite, beaucoup plus vite ! Entraide spontanée, humaine, basée sur l’empathie…
La lutte contre la pandémie qui déstructure la société doit se faire en reconstruisant – n’ayons pas peur des mots – un monde meilleur. Sans cela toutes les mesures de protection, masque, distance, vaccins… peuvent être jetés aux oubliettes.
Almost everywhere, but not often enough, we can find examples of mutual aid. This practice should spread, quickly, quickly, much faster! Spontaneous, human mutual aid, based on empathy …
The fight against the pandemic that is destroying society must be done by rebuilding – let us not be afraid of words – a better world. Without that, all the protective measures, mask, distance, vaccines… can be thrown away.

Je m’intéresse aussi beaucoup à ceux qui choisissent de vivre de peu, comme Séb. Comme Lolo. En ne tombant pas dans le piège de la sur-consommation, ils posent des limites cohérentes. Un exemple à suivre, dans l’idée de réaliser les nécessaires changements de mode de vie.
I am also very interested in those who choose to live on little, like Séb. Like Lolo. By not falling into the trap of over-consumption, they set coherent limits. An example to follow, with the idea of making the necessary lifestyle changes.

L’émission dont je viens de vous parler ne s’adresse malheureusement qu’aux francophones. Je vous invite à en regarder une autre où il n’est pas nécessaire de comprendre le texte : un homme défie les lois de l’équilibre en construisant d’incroyables structures de pierres qui s’écrouleront au premier coup de vent. Plaisir des yeux, magie de l’instant, on a du mal à en croire ses yeux !
Unfortunately, the program I just told you about is only intended for French speakers. I invite you to watch another where it is not necessary to understand the text: a man defies the laws of balance by building incredible stone structures that will collapse at the first gust of wind. Pleasure for the eyes, magic of the moment, it is hard to believe one’s eyes!

J’apprends à rédiger des chroniques plus courtes. Comme ça, je vais peut-être reprendre le rythme hebdomadaire. Je vais essayer : alors, à la semaine prochaine… Ou a plus tard !
I’m learning to write shorter columns. Like that, I will maybe get back to the weekly rhythm. I will try: then, see you next week … Or see you later!

Instantanés

Deux semaines sans blog ! Cela veut dire une meilleure répartition du « temps de blog » pour moi, surtout en cette période de consolidation osseuse : mon épaule bien réparée se manifeste en permanence et un long moment passé devant mon écran peut devenir inconfortable.
Two weeks without writing on my blog! This means a better distribution of « blog tim » for me, especially in this period of bone consolidation: my well-repaired shoulder is constantly showing up and a long time spent in front of my screen can become uncomfortable.

Finissons-en avec cette épaule : les muscles disparaissent bien plus vite qu’ils ne reviennent. Des raideurs apparaissent là où ils ne sont plus du tout sollicités, c’est-à-dire dans les mouvements interdits, elles s’installent pendant tout le temps de cette interdiction. J’ai donc perdu de l’amplitude dans les mouvements, et je regagne ça à pas de fourmi lors de mes quatre séances hebdomadaires de kiné sans oublier les exercices que je pratique à la maison. Plus vite j’aurai retrouvé ma mobilité, plus vite la gêne permanente aura des chances de disparaître – je l’espère.
Let’s be done with that shoulder: muscles disappear much faster than they come back. Stiffnesses appear where they are no longer required, that is to say in prohibited movements, they settle throughout the time of this prohibition. So I lost amplitude of motion, and I regain it little step by little step during my four weekly physiotherapy sessions, not to mention the exercises I do at home. The sooner I regain my mobility, the sooner the permanent discomfort is likely to go away – I hope.

Rose et vert

Je cherche sans cesse comment me simplifier le travail que représentent mes publications sur ce blog. D’abord, y penser à l’avance. Faire le choix des sujets que je veux aborder. Il m’arrive souvent d’éliminer, d’abandonner une page ou de la garder pour un autre jour. Je suis capable de jeter ce qui représente plusieurs heures de travail.
I am constantly looking for ways to simplify the work represented by my publications on this blog. First, think about it in advance. Choose the subjects I want to cover. I often delete, abandon a page, or save it for another day. I am able to throw away what represents several hours of work.

Vert et rose

 

Rose et vert

Quand je m’intéresse à un sujet, je fais des recherches et c’est passionnant. C’est comme ça que j’ai découvert la relation entre Ernest Callenbach et Georges Stewart et que j’ai fait découvrir ce dernier à Paul qui, lui, m’avait fait découvrir Callenbach. Cela me prend beaucoup de temps car rien n’est plus plaisant que de creuser les différentes approches possibles d’un auteur ou de son œuvre.
When I am interested in a subject, I do research and it is fascinating. This is how I discovered the relationship between Ernest Callenbach and Georges Stewart and introduced him to Paul, who introduced me to Callenbach. It takes a lot of my time because nothing is more pleasant than exploring the different possible approaches of an author or his work.

5 mars

12 mars

Traduire dans mon anglais approximatif : quand je découvre une nouvelle expression anglaise, je mesure la pauvreté de mon anglais comparé à mon français. Certes je m’exprime avec aisance, mais ça vaut quoi ? Combien de contre-sens, ou d’à peu près ? Mes lecteurs anglophones captent-ils toutes les nuances que je peux transmettre aux lecteurs francophones ? Je ne suis pas capable, moi, de savoir si ces nuances apparaissent, cela signifie que mon anglais est encore trop approximatif.
Translate into my approximate English: when I discover a new English expression, I measure the poverty of my English compared to my French. Yes, I express myself with ease, but what is it worth? How many misunderstandings, or roughly? Do my English-speaking readers capture all the nuances that I can convey to French-speaking readers? I am not able to know if these nuances appear, it means that my English is still too approximate.

À qui sont ces cheveux mystérieux ?
Who owns this mysterious hair?

Pourtant, ce blog reste bilingue. Vous êtes une trentaine à me lire régulièrement (pas toujours les mêmes, impossible pour moi de le savoir) et un quart de cette trentaine comprend peu ou même pas du tout le français. Je peux accéder à des statistiques qui me disent combien vous êtes et quand et d’où vous vous connectez sur le blog, mais je ne connais pas vos noms.
However, this blog remains bilingual. About thirty of you read me regularly (not always the same, impossible for me to know) and a quarter of those thirty understand little or not at all French. I can access statistics that tell me how many you are and when and where you are blogging from, but I don’t know your names.

5 mars

Ce n’est pas facile d’écrire des chroniques exaltantes à partir de notre routine quotidienne. Le vélo ? J’ai toujours su que je remonterais sur un vélo dès que ce serait possible. Le jour où j’ai fait un tout petit essai sur cent mètres, j’ai vu arriver Manwei qui a dû être bien surprise. Autant que moi !
It’s not easy to write exhilarating columns from our daily routine. The bike ? I always knew I would get back on a bike as soon as possible. The day I did a very short 100-meter test, I saw Manwei arrive who must have been quite surprised. As much as me !

12 mars

Le lendemain, je suis partie en vélo avec Paul pour une brève expédition : l’épaule se manifestait, je n’ai pas insisté et nous sommes rentrés après quatre kilomètres.
The next day, I went on my bike with Paul for a short expedition: the shoulder was showing, I did not insist and we returned after four kilometers.

Ce sont les graines du cardon !
These are the seeds of cardoon!

Une nouveauté : on lance le NONI, New Orleans Nord Isère : avec Laurent et Nathalie d’une part, avec Laurent, Jacques et Päivi d’autre part, on se fait des petits moments musicaux bien agréables. Se succèdent des morceaux de répertoires traditionnels ou des chansons contemporaines. Lolo est un bon professeur, il sait nous corriger alors que sans lui je ne suis pas capable de sentir ce qui ne va pas. Il n’y a pas si longtemps on jouait, certainement de façon plus approximative, Paul et moi, accordéon piano voix. L’accordéon me fait forcer ma voix vers le grave, Lolo va transcrire des partitions d’accordéon pour me permettre de mieux placer ma voix.
A novelty: we are launching the NONI, New Orleans North Isère: with Laurent and Nathalie on the one hand, with Laurent, Jacques and Päivi on the other hand, we have very pleasant little musical moments. Pieces from traditional repertoires or contemporary songs follow one another. Lolo is a good teacher, he knows how to correct us whereas without him I can’t tell what’s wrong. It wasn’t that long ago that Paul and I were playing, certainly more loosely, piano voice accordion. The accordion makes me force my voice towards the bass, Lolo will transcribe accordion scores to allow me to better position my voice.

Nous n’avons aucune prétention autre que nous faire plaisir, et le plaisir est immense.
We have no pretensions other than to please ourselves, and the pleasure is immense.

5 mars

12 mars

Paul a inventé une nouvelle balade, la région en propose tellement que je ne sais pas si nous aurons un jour exploré tous ses chemins. Nous sommes partis de St-Victor-de-Morestel. La surprise, cet immense tapis de jonquilles, je n’en avais jamais vu autant !
Paul has invented a new walk, the region offers so many that I don’t know if we will ever have explored all of its paths. We left from St-Victor-de-Morestel. The surprise, this huge carpet of daffodils, I had never seen so many!




Fin janvier, je vous ai parlé de Steffi. La petite famille a enfin trouvé le temps de passer un moment avec nous selon la nouvelle formule : comme nos invités doivent partir tôt, ils viennent pendant tout le week-end au lieu d’une journée, on a le temps de visiter le parc, se balader, et se raconter les milliers de choses qu’on a à raconter. J’ai raté mes photos quand on a fait un tour sur la viarhona.
At the end of January, I told you about Steffi. The little family has finally found the time to spend some time with us according to the new formula: as our guests have to leave early, they come throughout the weekend instead of a day, we have time to visit the park, walk around, and tell each other the thousands of things that we have to tell. I missed my photos when we took a ride on the viarhona.

Jordi et Steffi ont beaucoup à faire avec Maeva, très éveillée du haut de ses presque cinq ans.
Jordi and Steffi have a lot to do with Maeva, very awake at the height of her almost five years.

Mon bavardage reste bref aujourd’hui. Je continue à ce rythme d’une publication par quinzaine : peut-être gagner ainsi du temps pour faire travailler mon épaule.
My chatter remains brief today. I continue at this rate of one post every two weeks: maybe this will save time to work my shoulder.

J’ai tenté de faire des photos du même lieu espacées d’une semaine, pour voir apparaître le printemps et mieux profiter de ce bref moment des couleurs tendres. D’où mes instantanés, des mots, des photos…
I tried to take pictures of the same place spaced a week apart, to see spring appear and better enjoy this brief moment of tender colors. Hence my snapshots, words, photos …

Si vous cherchez un nouveau livre à vous mettre sous la dent, je vous suggère inconditionnellement « l’appel du cacatoès noir » de John Danalis, qui vient de paraître, dont la première édition en anglais d’Australie semble avoir eu lieu en 2009. Comment John Danalis, Blanc, Australien, a découvert à quarante ans le monde des Aborigènes, l’incroyable gentillesse et l’immense générosité de ce peuple, leur culture qui aurait beaucoup à nous enseigner.
If you’re looking for a new book to bite into, I wholeheartedly suggest « Riding The Black Cockatoo » which has just been published, a book by John Danalis, whose first Australian English edition appears to have taken place in 2009. How John Danalis, White, Australian, at forty discovered the world of the Aborigines, the incredible kindness and the immense generosity of this people, their culture which would have much to teach us.

5 mars

12 mars

Ni gentille ni généreuse, je vous livre une méchanceté pour conclure :
Ma mutuelle santé me propose de m’inscrire au challenge « mars bleu », mois national de prévention et dépistage du cancer colorectal. Pour m’inscrire, elle me donne un code, puis je dois télécharger une application sur mon smartphone : dommage que je n’aie pas de smartphone, si je chope ce cancer je saurai pourquoi.
Neither kind nor generous, I give you a nastiness to conclude:
My mutual health organization offers me to register for the « blue march » challenge, a national month for the prevention and screening of colorectal cancer. To register, it gives me a code, then I have to download an application on my smartphone: too bad I don’t have a smartphone, if I get this cancer I will know why.

Il est « naturel » de croire que tout le monde possède « naturellement » un smartphone, un peu comme on possède les organes qui constituent notre corps. Ces engins connectés sont bien pratiques mais en faire des objets ordinaires, c’est négliger l’énorme impact de leur fabrication par le pillage des pays pauvres, l’exploitation des enfants envoyés dans les mines. (Pour la batterie de mon Vélo à Assistance Électrique : oui, je sais.) Et je ne parle pas du repliement sur soi que leur usage génère – vous me direz, en temps de pandémie, s’isoler, c’est l’idéal ?
Hélas !
It is « natural » to believe that everyone « naturally » owns a smartphone, a bit like we own the organs that make up our body. These connected devices are very practical but to make ordinary objects out of them is to neglect the enormous impact of their manufacture by the plundering of poor countries, the exploitation of children sent to mines. (For the battery of my Electrically Assisted Bicycle: yes, I know.) And I am not talking about the withdrawal into oneself that their use generates – you will say to me, in times of pandemic, isolating oneself is ideal?
Alas!

Quirieu


Situé au bord du Rhône, sur une colline isolée, le village de Quirieu occupait une position presque imprenable. Au Moyen-Âge, le fleuve marquait la frontière entre la Savoie qui faisait partie de l’immense empire germanique de Charles Quint, et le Dauphiné, état indépendant. Le site comportait un château delphinal et des remparts au sud-est. Un village occupait l’autre extrémité de la colline.

Located on the banks of the Rhône, on an isolated hill, the village of Quirieu occupied an almost impregnable position. In the Middle Ages, the river marked the border between Savoy, which was part of the immense Germanic empire of Charles V, and Dauphiné, an independent state. The site included a « delphinal » castle and ramparts to the south-east. A village occupied the other end of the hill.

Quirieu était donc un refuge muni de solides défenses, mais aussi un lieu de passage important : un bac à traille assurait la traversée du fleuve, lequel connaissait une activité considérable.
Quirieu was therefore a refuge provided with solid defenses, but also an important place of passage: a « bac à traille » ensured the crossing of the river, which knew a considerable activity.

Bac à traille : un câble appelé traille était assujetti sur chaque rive pour guider le bac. La propulsion pouvait se faire à la main sur la traille, à la rame, avec de longues perches pour prendre appui au fond de l’eau, ou, si le courant était fort, on en utilisait la puissance.
Bac à traille : a cable called « traille » was attached to each side of the river to guide the boat. Propulsion could be done by hand on the cable, by oar, with long poles to lean against the bottom of the water, or, if the current was strong, the power was used.

On appelle parfois « deuxième guerre de cent ans » le conflit entre Dauphiné et Savoie. Les propriétés étaient morcelées, on pouvait même trouver des bouts de Savoie en Isère, ou vice-versa. Par exemple Dolomieu, actuellement dans le département de l’Isère, faisait partie de la Savoie… Imaginez des « territoires occupés » éparpillés de côté et d’autre – cette géographie était sacrément compliquée… Les plus démunis étaient assurément les premières victimes de cette guerre comme c’est toujours le cas.
The conflict between Dauphiné and Savoy is sometimes called the « second hundred years war ». The properties were fragmented, you could even find bits of Savoy in Isère, or vice versa. For example Dolomieu, currently in the department of Isère, was part of Savoy… Imagine « occupied territories » scattered on both sides – this geography was damn complicated… The poorest were certainly the first victims of this war as is always the case.

2018

Si vous vous demandez comment on peut commercer tandis que les ennemis s’observent de part et d’autre d’un ruban liquide, si vous vous demandez si les bateliers ne prenaient pas de temps en temps une flèche perdue (ou un carreau d’arbalète, c’est une image d’avant l’invention de la poudre), il faut comprendre que cette guerre n’a pas été un conflit permanent. Il y a eu des accalmies. Et puis vous savez que le Moyen Âge a duré plus d’un siècle. J’imagine que parfois le bac à traille ne traversait pas, que les bateaux ne venaient plus depuis Seyssel ou Lyon. Puis les activités bien nécessaires reprenaient. Ne pas nuire au PIB.
If you are wondering how you can trade while enemies are staring at each other from either side of a liquid ribbon, if you are wondering if the boatmen did not occasionally take a stray arrow (or a diamond of crossbow, it is an image before the invention of gunpowder), it must be understood that this war was not a permanent conflict. There have been lulls. And then you know that the Middle Ages lasted for over a century. I imagine that sometimes the boats did not cross, that the boats no longer came from Seyssel or Lyon. Then the much needed activities resumed. Do not harm the GDP.

Avec le temps, le Dauphiné a été ruiné, principalement par les guerres et la peste, sans doute aussi par les dépenses du dernier Dauphin, Humbert II, qui « a la magnificence des très grands seigneurs. Il aime la puissance, les titres, la richesse, dépensant sans compter, au point de se ruiner. »
Over time, the Dauphiné was ruined, mainly by wars and the plague, no doubt also by the expenses of the last Dauphin, Humbert II, who « has the magnificence of very great lords. He loves power, titles, wealth, spending lavishly, to the point of ruining himself. »

« En 1349, vente du Dauphiné au roi de France par le dernier dauphin Humbert II.
(…)
En 1601, par le traité de Lyon, la Bresse et le Bugey deviennent français. Quirieu n’a plus de rôle militaire à jouer et voit son déclin s’amorcer.
En 1626, Richelieu ordonne le démantèlement de nombreuses forteresses (…). Le château-fort et ses bâtiments annexes seront arasés. »
« In 1349, sale of the Dauphiné to the King of France by the last Dauphin Humbert II.
(…)
In 1601, by the Treaty of Lyon, Bresse and Bugey became French. Quirieu no longer had a military role to play and saw its decline begin.
In 1626, Richelieu ordered the dismantling of many fortresses (…). The fortified castle and its annex buildings will be leveled. »

Richelieu en effet veut limiter la puissance des nobles, faire des exemples dissuasifs.
Richelieu in fact wanted to limit the power of the nobles, to make dissuasive examples.

« Araser » consiste à « mettre à niveau » : du château, il ne reste aujourd’hui qu’une esplanade. Cette pratique a transformé de nombreux châteaux-forts en carrières où l’on pouvait se servir plus ou moins librement pour construire sa maison. Un peu partout, des linteaux sculptés d’armoiries se sont retrouvés à jouer un rôle moins glorieux dans une muraille quelconque.
« Leveling » is about « grading »:, today only an esplanade remains of the castle. This practice transformed many fortified castles into quarries where one could use more or less freely to build one’s house. Almost everywhere, lintels carved with a coat of arms have been found to play a less glorious role in any wall.

Voici racontées en très peu de lignes la grandeur et la décadence de Quirieu.
Here is told in very few lines the greatness and decadence of Quirieu.

Il y aurait eu encore un unique habitant au début du vingtième siècle, jusqu’en 1914, puis la nature a repris ses droits.
There would have been still a single inhabitant at the beginning of the twentieth century, until 1914, then nature took back its rights.

Toutes ces informations viennent de « Quirieu — son histoire » de Marie Moly, édité par la commune de Bouvesse-Quirieu, bel ouvrage comportant de nombreuses illustrations : j’apprécie particulièrement l’une d’elle, le dessin réalisé par un espion savoyard pour préparer l’attaque de Quirieu par les troupes du Comte de Savoie. « Sûr de sa victoire, le dessinateur avait planté les drapeaux savoyards aux sommets des tours. »
All this information comes from « Quirieu — son histoire » by Marie Moly, published by the municipality of Bouvesse-Quirieu, a beautiful book with many illustrations: I particularly appreciate one of them, the drawing made by a Savoyard spy for prepare the attack on Quirieu by the troops of the Count of Savoy. « Sure of his victory, the designer had planted the Savoyard flags at the tops of the towers. »

Ce livre raconte aussi comment le site est peu à peu sorti de l’oubli, à mesure que des passionnés s’y intéressaient. Diplômée en archéologie médiévale, Guillemette Gardette a beaucoup œuvré pour la réhabilitation et la protection du site.
This book also tells how the site gradually came out of oblivion, as enthusiasts took an interest in it. A graduate in medieval archeology, Guillemette Gardette has worked hard for the rehabilitation and protection of the site.

Je suis contente que le nom de Gérard apparaisse aussi, hommage bien mérité : Paul et moi avons fait la connaissance de Gérard et Geneviève bien avant notre première visite au site de Quirieu, qui à l’époque, envahi par la végétation ne devait pas avoir beaucoup d’allure. Geneviève est une collègue avec qui nous avons sympathisé en nous installant dans la région, et nous avons vite connu l’intérêt de nos amis pour les trésors archéologiques du Nord Isère.
I’m happy that Gérard’s name also appears, a well-deserved tribute: Paul and I got to know Gérard and Geneviève long before our first visit to the Quirieu site, which at the time, invaded by vegetation, shouldn’t be very handsome. Geneviève is a colleague with whom we befriended when we moved to the region, and we quickly learned the interest of our friends in the archaeological treasures of North Isère.

Aujourd’hui, l’association Imagine Quirieu, mais aussi l’ONF et peut-être d’autres organismes s’investissent dans la protection du site. Nous y avons assisté à plusieurs reprises à des spectacles, danse, conte, balade contée… Des chantiers internationaux organisés par Concordia se sont tenus là, ils me font penser à notre expérience avec Help X et Workaway, grâce auxquels nous avons rencontré tant de gens si différents de pays si variés.
Today, the Imagine Quirieu association, but also the ONF (National Office of Forests) and perhaps other organizations are involved in protecting the site. We have attended several shows, dancing, storytelling, storytelling walks … International workshops organized by Concordia were held there, they remind me of our experience with Help X and Workaway, thanks to which we have met so many people, so different from so varied countries.

Imagine Quirieu a pour but tant la connaissance et la protection du site que son développement culturel.
Imagine Quirieu aims both to know and protect the site and its cultural development.

Paul, Shu Hui, Ke, 2018


Je ne sais plus quand (peut-être en 2004 ?) nous avons suivi pour la première fois la grimpette qui aboutit à l’entrée de la maison forte. Puis nous avons découvert « la grande Charrière », cette longue rue pavée, avec un très léger profil en « V » pour favoriser l’écoulement de l’eau – comme toujours dans les rues médiévales. De part et d’autres les murs sont ce qui reste de maisons nombreuses au centre du village.
I don’t remember when (maybe in 2004?) we first followed the climb that ends at the entrance to the stronghold. Then we discovered « la grande Charrière », this long cobbled street, with a very slight « V » profile to encourage the flow of water – as always in medieval streets. On either side the walls are what remains of many houses in the center of the village.

Mais je sais que la beauté sereine du site nous a marqués profondément dès notre première visite. Nous y avons assisté à plusieurs spectacles, parfois comme aujourd’hui nous venons simplement respirer l’ambiance du lieu.
But I know that the serene beauty of the site left a deep mark on us from our first visit. We attended several shows there, sometimes like today we just come to breathe the atmosphere of the place.

Il fallait bien un jour faire la balade avec Lolo et Nanath.
One day we had to take the walk with Lolo and Nanath.

De nouveaux panneaux nous font savoir qu’en réalité, nous venons de débarquer sur Mars, où a été reproduit le site de Quirieu pour favoriser l’acclimatation. La fusée par laquelle nous sommes arrivés est là, ainsi que des créatures étranges.
New signs let us know that in reality, we have just landed on Mars, where the Quirieu site has been reproduced to promote acclimatization. The rocket we came by is there, along with some strange creatures

Les avis sont partagés sur l’intérêt de telles installations. Nous ne voudrions surtout pas que le site se fasse gangréner par un déplorable esprit « Walt Disney ». Nous sommes un peu déconcertés en découvrant la fusée, l’étoile, les méduses…
Opinions are divided on the value of such facilities. We would especially not want the site to be plagued by a deplorable « Walt Disney » vein. We are a little confused when we discover the rocket, the star, the jellyfish …


Les photos, magnifiques, sont de Jacques Vaneuville : de grands portraits de danseuses montrent les sirènes (non envoûtantes précise un panneau) qui bondissent en dansant de galaxie en galaxie. Sur ce site vous découvrirez d’autres belles réalisations faites par cet artiste talentueux.
The magnificent photos are by Jacques Vaneuville: large portraits of dancers show the sirens (not bewitching, specifies a panel) which leap and dance from galaxy to galaxy. On this site you will discover other beautiful creations made by this talented artist.

Un accident est arrivé à une des photos, et je trouve surréaliste ce portrait sous des branchages.
An accident has happened to one of the photos, and I find this portrait surreal under the branches.

Ce dimanche, nous sommes nombreux à profiter du beau temps, mais les promeneurs ne troublent pas la tranquillité du site.
This Sunday, many of us are enjoying the good weather, but the walkers do not disturb the tranquility of the site.

C’est toujours amusant de prendre des repères depuis une position dominante : je reconnais au sud-sud-est, la centrale de Creys-Malville, loin derrière Paul et Lolo. La centrale est floutée sur google-map !
It’s always fun to get your bearings from a dominant position: I recognize the Creys-Malville power plant to the south-south-east, far behind Paul and Lolo. The central is blurred on google-map!


Au nord, Serrières-de-Briord et Montagnieu.
To the north, Serrières-de-Briord and Montagnieu.

Au nord-nord-ouest, la cimenterie Vicat.
To the north-north-west, the Vicat cement plant.

Nous sommes sur la commune de Bouvesse-Quirieu. Bouvesse se trouve tout près de la cimenterie, au sud-ouest : je rate une photo de Bouvesse pour m’amuser, le zoom de mon Canon est très performant.
We are in the town of Bouvesse-Quirieu. Bouvesse is located near the cement factory, in the southwest: I miss a photo of Bouvesse for fun, my Canon’s zoom is very powerful.

Je crois que ce sont les habitants de Bouvesse qui ont souhaité que soit érigé un aussi gros monument, pas besoin de zoom pour le voir de loin ! Le monument du Sacré-Cœur a été érigé en 1912.
I think it was the inhabitants of Bouvesse who wanted such a large monument to be erected, no need to zoom in to see it from a distance! The Sacré-Coeur monument was erected in 1912.

En longeant le bastion nous terminons un petit circuit suivi tout tranquillement.
Along the bastion we end a small circuit followed very quietly.

Autrefois, Quirieu avait plus d’importance que Crémieu, à cause de sa position frontalière, mais Crémieu était déjà une ville attractive : les voyageurs, les marchandises, une fois le Rhône franchi, étaient nombreux à se diriger vers Crémieu. Comme le livre de Marie Moly donne un itinéraire précis de ce périple, je rêve de le parcourir un jour.
Formerly, Quirieu was more important than Crémieu, because of its border position, but Crémieu was already an attractive town: travelers and goods, once the Rhône had been crossed, were numerous to move towards Crémieu. As Marie Moly’s book gives a precise itinerary of this journey, I dream of going through it one day.

Quirieu est un site inspirant car les rares vestiges sont suffisants pour imaginer la vie, autrefois. Ces murs en ruine nous racontent un passé inconcevable, tellement il est lointain. Pourtant, jour après jour, ce passé s’attache au présent, au futur : le fil rouge du temps ne s’arrête jamais. En visitant le site aujourd’hui, tourné vers le passé mais avec l’actualité présente quelque part à notre esprit, on peut se demander de quoi sera fait demain.
Quirieu is an inspiring site because the rare remains are sufficient to imagine life in the past. These ruined walls tell us about an inconceivable past, so far away it is. Yet, day after day, this past attaches to the present, to the future: the red thread of time never stops. As we visit the site today, looking to the past but with the news somewhere in our minds, one may wonder what will happen tomorrow.

Un événement qui dure deux ou trois minutes, ce n’est rien à l’échelle du temps. Manon Aubry en train d’éreinter Ursula Von der Leyen, cela dure quatre minutes et on ne sait pas ce qu’il en restera dans l’histoire.
« Comment la commission européenne a-t-elle pu accepter de se coucher ainsi face aux laboratoires pharmaceutiques ? » demande-t-elle, « il est temps de faire tomber les brevets et de s’assurer qu’aucun profit ne soit réalisé sur la pandémie. »
An event that lasts two or three minutes is nothing on the time scale. Manon Aubry hitting Ursula Von der Leyen, it lasts four minutes and it is not known what will be left in history.
« How could the European Commission accept to lie down like this in front of pharmaceutical companies? » she asks, « It’s time to drop the patents and make sure that no profit is made on the pandemic. »

Il est bien mince le fil entre le Moyen Âge et une députée européenne, pourtant il s’agit ici ou là de politique, de gestion de la vie des gens.
There is a fine line between the Middle Ages and an MEP, yet here and there it is a question of politics, of managing people’s lives.

Au Moyen Âge, quand la peste sévissait, on brûlait ici les juifs, là les femmes. Maintenant, on enrichit les laboratoires et leurs actionnaires… Autrefois, on se battait sauvagement d’une rive du Rhône à l’autre, aujourd’hui la guerre reste un crime permanent contre l’humanité. Les choses ne changent que superficiellement.
In the Middle Ages, when the plague raged, Jews were burnt here, women there. Now we are enriching the laboratories and their shareholders … In the past, we fought savagely from one bank of the Rhône to the other, today war remains a permanent crime against humanity. Things only change superficially.

Le 9 février, j’avais moi aussi critiqué les laboratoires pharmaceutiques – en réalité le comportement des actionnaires assoiffés de gros bénéfices… Je suis contente que la question soit posée en haut lieu… et je me demande si cela va aboutir à quoi que ce soit. Ce serait formidable si les brevets des vaccins tombaient dans le domaine public, mais ce serait une telle révolution que je ne vois pas comment elle pourrait se produire dans notre présent frileux.
On February 9, I too criticized the pharmaceutical companies - in reality the behavior of shareholders thirsty for big profits… I am glad that the question is asked in high places… and I wonder if this will lead to anything. It would be great if vaccine patents fell into the public domain, but it would be such a revolution that I don’t see how it could happen in our chilly present.

Je ne sais de quoi demain sera fait, je sais seulement que je vous quitte pour une semaine supplémentaire, notre prochain rendez-vous sera mardi 16 mars. Je prends un peu de blog-vacances… Ou si vous préférez je fais une petite cure de désintox-écran.
I do not know what tomorrow will bring, I only know that I am leaving you for an additional week, our next meeting will be Tuesday March 16. I take a little blog-vacation … Or if you prefer I do a little screen detox.

Je vous laisse aux bons soins d’Éric qui vient de commettre encore une nouvelle belle chanson, « Couvre-feu », dont je vous recopie trois jolies pépites :
I leave you in the good care of Eric who has just made yet another beautiful song, « Couvre-feu », of which I am copying three beautiful nuggets:

« Nos chansons de silence aux théâtres éteints »
« Our songs of silence in extinct theaters »

« Que retiendra l’histoire de vos agitations »
« What will History remember of your agitations »

« Museler tous les endroits où on refait le monde
C’est donner de la voix à la sale bête immonde »
« Muzzle all the places where we remake the world
It is to give voice to the sinful filthy beast »

Balades

« Y’avait dans l’temps
un biau grand chemin
à c’t’heure n’est pas
plus grand qu’la main
par où donc que j’chemin’rai d’main »


Le cheminot de Gaston Couté chemine, chemine, mais d’année en année le chemin diminue jusqu’à devenir « mince comme une couleuvre ».
Tout près de chez nous, il y avait un chemin qui, depuis la route de Passins, vous permettait de monter en douceur directement dans les bois. Il n’a pas eu le temps de mincir : quand le paysan qui possédait le terrain le long du chemin a acheté le terrain de l’autre côté, il a fait disparaître le chemin d’un bon coup de charrue.
« C’est toujours ça de gagné, tu payes pas d’impôt dessus, et puis ce chemin il y passait jamais personne. »
Ce qui est faux bien sûr. Il n’y a plus que la carte d’état-major qui n’ait pas été informée de l’escamotage.

« In the old days there was
a nice wide path
now it’s not
bigger than the hand
by where will I go tomorrow »

Gaston Couté’s walker (cheminot) walks, walks, but year after year the path decreases until it becomes « as thin as a snake ».
Very close to us, there was a path which allowed you, from the Passins road, to climb smoothly directly into the woods. It had no time to decrease down: when the peasant who owned the land along the path bought the land on the other side, he swept the path away with a good blow of the plow.
« It’s always a win, you pay no tax on it, and then no one ever went down this path. »
Which is of course false. There is only the staff card that was not informed of the concealment.

Je vous parlais la semaine dernière de la balade que Paul et moi avons faite près de Quirieu. Nous y retournons le lundi et le mardi, pour découvrir chaque fois un nouvel itinéraire, et nous conservons les traces de ces sorties dans nos archives car elles sont fort plaisantes, nous aurons plaisir à y retourner.
I was telling you last week about the walk that Paul and I took near Quirieu. We return there on Monday and Tuesday, to discover a new itinerary each time, and we keep the traces of these outings in our archives because they are very pleasant, we will be happy to return there.

Je vous pose à nouveau la question « où est le sud où est le nord » ? Quand j’étais petite, on m’avait parlé d’adret et d’ubac. Ma photo aurait bien aidé à comprendre le phénomène.
I ask you again the question « where is the south where is the nort »? When I was a child, I was told about « adret » and « ubac ». My photo would have helped to understand the phenomenon.

En passant je remarque cet arbre « malade du haut », que je vous découpe pour mieux voir et pour vous faire partager ma perplexité : il ne va pas bien mais je me demande ce qui lui est arrivé !
In passing I notice this tree « sick from the top », which I cut you to see better and to share my perplexity with you: it is not doing well but I wonder what happened to it!

Le mardi, nous sommes fatigués, mais les jours sans pluie sont si rares, nous avons envie d’en profiter. Nous laissons encore une fois la voiture près de Quirieu, nous allons jusqu’au Rolland à l’entrée de Bouvesse et de là à Marlieu, puis nous prenons la direction de Chavannes : nous avons laissé un chemin pour une route, mais elle est petite et tranquille. Elle sinue au milieu des bois.
Tuesday we are tired, but days without rain are so rare, we want to take advantage of them. Once again we leave the car near Quirieu, we go to the Rolland at the entrance of Bouvesse and from there to Marlieu, then we take the direction of Chavannes: we have left a path for a road, but it is small and quiet. It winds through the woods.

Nous cherchons en vain le chemin qui doit nous permettre de contourner Chavannes et de rejoindre la voiture. Un sentier mal dessiné semble se perdre le long d’une récente coupe de bois, alors nous restons sur la route.
We search in vain for the path that should allow us to bypass Chavannes and join the car. A poorly designed path seems to get lost along a recent log, so we stay on the road.

 

« Y’avait dans l’temps
un biau grand chemin
cheminot cheminot chemine
à c’t’heure n’est pas
plus grand qu’la main
par où donc que j’chemin’rai d’main »
« In the old days there was
a nice wide path
walker walker walks
now it’s not
bigger than the hand
by where will I go tomorrow »

Deux petits tracteurs lourdement chargés de bois nous doublent à petite vitesse.
Two small tractors heavily loaded with wood pass us at low speed.

C’est comme ça que nous passons devant chez toi, Geneviève. Chez toi ? Je crois que j’ai reconnu l’endroit, mais ça fait si longtemps que nous ne sommes pas venus ! L’un des bûcherons est peut-être ton frère. Nous hésitons à taper à ta porte – si toutefois il s’agit bien de ta porte – mais la fatigue se fait sentir et nous avons hâte de rentrer maintenant.
This is how we walk past your home, Geneviève. Your home ? I think I recognized the place, but it’s been so long since we last came! One of the loggers might be your brother. We hesitate to knock on your door – if it is indeed your door – but fatigue sets in and we can’t wait to get home now.

Malheureusement, comme notre retour par les bois a échoué, nous terminons la balade par une route plus importante et bien plus passante. Ce sont principalement des SUV, de quoi m’exaspérer ! « Une tonne pour transporter quatre-vingt kilos ! » dénonçait un militant, dénonçant l’usage de la voiture individuelle à la place de transports collectifs. Il n’y a pas vraiment de place pour les piétons par ici. On se serait bien passés de ce kilomètre supplémentaire.
Unfortunately, as our return through the woods failed, we end the walk with a larger and more busy road. They’re mostly SUV, which annoys me! « A ton to transport eighty kilos! » an activist said, denouncing the use of private cars instead of public transport. There isn’t much room for pedestrians around here. We would have done well without this extra kilometer.

Je me chantonne la chanson de Gaston Couté, ce n’est pas la première fois qu’un chemin disparaît.


« Le ch’min c’était à leur jugé
d’la bonne terre perdue
à chaque labour ils l’ont mangé
d’un sillon d’charrue »

 

I sing the song of Gaston Couté to myself, it is not the first time that a path has disappeared.

« The path was at their judgment
good soil lost
with each plowing they ate it
of a plow furrow »

Il nous faudra chercher le bout de chemin par son autre extrémité, au Buissonnet, pour suivre une autre fois ce parcours.
We will have to look for the end of the path at its other end, at Buissonnet, to follow this route again.

Nous ne sommes pas les seuls à nous promener : les chevreuils continuent à nous faire des visites régulières. Les salades broutées à l’automne n’ont pas survécu et ont pourri. Paul et Lolo prévoient de remettre un grillage partout sur leurs passages, Lolo a déjà commencé, derrière la serre.
We are not the only ones to walk: the deer continue to make regular visits to us. The salads grazed in the fall did not survive and rotted. Paul and Lolo plan to put a fence everywhere on their passages, Lolo has already started, behind the greenhouse.

Les pivoines montrent leur nez, Paul se hâte de les rendre visibles avec du grillage. Les samares s’ouvrent par centaines, mais nous ne laisserons pas la forêt se développer.
The peonies show their noses, Paul hastens to make them visible with wire mesh. The samaras are opening by the hundreds, but we will not let the forest grow.

Vendredi 12, neige et froid, vendredi 19 chaleur printanière en dessus des moyennes saisonnières. Ce n’est pas sans inquiétude que nous voyons le printemps se manifester, des gelées tardives seraient catastrophiques. Mais une autre part de nous se réjouit et profite de ce renouveau : on est si bien dehors !
Dimanche 14, sortie avec parka, dimanche 21, sans parka, même le sweat est de trop !
Friday 12 snow and cold, Friday 19 spring heat above seasonal averages. It is not without concern that we see spring breaking in, late frosts would be catastrophic. But another part of us rejoices and takes advantage of this renewal: we are so well outside!
Sunday 14th, outing with a parka, Sunday 21st, without a parka, even the sweatshirt is too much!

Le texte « les mangeux d’terre » se trouve ici. Sur youtube vous pouvez écouter la version chantée par Gérard Pierron.
The text « les mangeux d’terre » can be found here. On youtube you can listen to the version sung by Gérard Pierron.



Je voulais parler de l’industrie agro-alimentaire et comment elle nous empoisonne, mais je recommence à écouter un peu la radio du fait que je conduis sur de petits trajets (une habitude que j’ai, écouter la radio quand je suis seule) : j’ai entendu France culture présenter une émission, « la fabrique de l’ignorance », à voir sur Arte aujourd’hui, mardi 23. Au passage l’émission égratigne le comportement des Français : après avoir critiqué les vaccins anti-Covid, ils se ruent sur les centres de vaccination (ce qui n’est pas mon cas, bien entendu).
I wanted to talk about the food industry and how it poisons us, but I’m starting to listen to the radio a bit again as I drive short trips (a habit I have, listening to the radio when I’m alone) : I heard France Culture present a program, « la fabrique de l’ignorance », to see on Arte today, Tuesday 23. By the way, the show scratches the behavior of the French: after having criticized the anti-Covid vaccines , they rush to the vaccination centers (which is not my case, of course).

C’est facile de se moquer. Après plus d’un an d’insupportable matraquage médiatique (on ne peut appeler cela « de l’info »), après avoir distillé l’angoisse et généré la folie, on propose la solution miracle, et on voudrait que notre esprit cartésien ne cède pas à un besoin atavique de sécurité ?
It’s easy to laugh at. After more than a year of unbearable media hype (we can’t call it « news »), after having distilled anxiety and generated madness, they are proposing the miracle solution, and they would like our Cartesian mind not to not give in to an atavistic need for security?

En plus d’être diffusée aujourd’hui, l’émission « la fabrique de l’ignorance » est disponible jusqu’au 23 avril en cliquant sur ce lien, et je vous invite vivement à la suivre.
In addition to airing today, the show « la fabrique de l’ignorance » is available until April 23 by clicking on this link, and I urge you to follow it.

Je me rappelle très nettement tout le bien qu’on disait du tabac dans les années 70. L’émission nous apprend qu’en réalité, dès les années 50, la recherche avait révélé « que le tabac constitue un facteur de cancer et d’accidents cardiovasculaires. Pour contrer une vérité dérangeante, car susceptible d’entraîner une réglementation accrue au prix de lourdes pertes financières, l’industrie imagine alors en secret une forme particulière de désinformation, qui se généralise aujourd’hui : susciter, en finançant, entre autres, abondamment des études scientifiques concurrentes, un épais nuage de doute qui alimente les controverses et égare les opinions publiques. »

I can vividly remember all the good things said about tobacco in the 1970s. The show tells us that in fact, as early as the 1950s, research had revealed « that tobacco is a factor in cancer and cardiovascular events. To counter a disturbing truth, because it could lead to increased regulation at the cost of heavy financial losses, the industry then secretly imagines a particular form of disinformation, which is becoming widespread today: to arouse, by financing, among other things, abundantly competing scientific studies, a thick cloud of doubt that feeds controversies and misleads public opinion. »

La stratégie des industriels du tabac est bien explicitée, et c’est la même que reprennent d’autres firmes à mesure que les problèmes émergent.
The tobacco industry’s strategy is well articulated, and it is the same that other firms are picking up on as problems emerge.

« Le doute est notre produit car c’est le meilleur moyen de concurrencer l’ensemble des faits présents dans l’esprit du public. C’est aussi le moyen d’établir une controverse. »
« Doubt is our product because it is the best way to compete with all of the facts in the public mind. It is also the way to establish controversy. »

Il s’agit utiliser la science pour éviter la vérité. Prenons la vitesse de la chute d’une pomme, dit un des intervenants. C’est aujourd’hui un fait scientifique, démontré, qu’il n’est plus nécessaire de remettre en question. Mais l’industrie remet en question ce qui n’a pas besoin de l’être, afin de générer le doute. Les néonicotinoïdes tuent les abeilles, disent les apiculteurs, mais plutôt que de le reconnaître, les industriels lancent une fausse campagne d’information à coups de millions de dollars ou d’euros.
It’s about using science to avoid the truth. One of the speaker says: « consider the speed of an apple falling. This is now a proven scientific fact that no longer needs to be questioned. » But the industry questions what doesn’t need to be, in order to generate doubt. Neonicotinoids kill bees, say beekeepers, but rather than admit it, industry is launching a bogus information campaign with millions of dollars or euros.

Un peu comme des Don Quichotte, incompris souvent, les chercheurs se battent contre cet état de fait. Il existe maintenant un mot, l’agnotologie : l’étude de l’ignorance. Cela ressemble à un paradoxe, mais il s’agit bien de fabriquer de l’ignorance et nous avons tous intérêt à savoir repérer ce qui est science et ce qui ne l’est pas.
Researchers are fighting against this state of affairs’, a bit like Don Quixotes, often misunderstood. There is now a word, agnotology: the study of ignorance. It sounds like a paradox, but it is all about fabricating ignorance and we all have an interest in knowing how to spot what is science and what is not.

Je vous parlais avec regret de Callenbach et de son « Écotopia » : ces tristes affaires comme l’agnotologie font rêver d’un autre monde, avec d’autres mentalités, d’autres attitudes ; une vraie prise en compte des vrais problèmes qu’il faut chercher à résoudre, les industries faisant perdre un temps précieux par leurs enfumages.
I spoke to you with regret about Callenbach and his « Écotopia »: these sad affairs, like agnotology, make you dream of another world, with other mentalities, other attitudes; a real taking into account of the real problems that must be sought to solve, as industries waste precious time by their smoking.

En plus de Callenbach et de son « Écotopia », j’avais évoqué l’écrivain Georges Stewart, dont le livre « Maria la tempête » avait vivement frappé Callenbach. Paul m’a trouvé ce « Maria » dans sa première édition en français, un exemplaire édité en 1951 (j’étais pas née), un drôle de bouquin vraiment !
In addition to Callenbach and his « Écotopia », I had mentioned the writer Georges Stewart, whose book « Storm » had struck Callenbach deeply. Paul found me this « Storm » in its first edition in French, a copy published in 1951 (I was not born), a really funny book!

Eh bien, nous quittons l’agnotologie et son cortège d’angoisses. Les peurs dans « Maria la tempête » sont d’un tout autre ordre. Le récit se situe pendant une douzaine de jours entre 1945 et 1948. Il s’agit en quelque sorte d’un cours de météorologie, exhaustif je crois, extrêmement documenté, avec les moyens d’époque : pas de satellites, pas d’internet, les infos étant transmises depuis les navires, les avions, par radio, par téléphone… ou par Télétype (ou téléscripteur).
Well, we leave agnotology and its attendant anguish. The fears in « Storm » are of a different order. The story takes place over a dozen days between 1945 and 1948. It is in a way a meteorology course, exhaustive I believe, extremely documented, with the means of the time: no satellites, no internet , the information being transmitted from ships, planes, by radio, by telephone… or by Teletype (or teleprinter).

Dans le Bureau Météorologique de San Francisco travaillent un jeune stagiaire et son chef plus âgé, qui reçoivent souvent la visite du « Vieux », chacun des trois estimant bien meilleure sa propre façon d’agir : c’est l’occasion de présenter l’évolution de la science météorologique entre la fin du dix-neuvième siècle et les années d’après-guerre.
In the Meteorological Office of San Francisco work a young intern and his older boss, who often receive a visit from the « Old », each of the three considering their own way of doing much better: this is an opportunity to present the evolution of meteorological science between the end of the nineteenth century and the post-war years.

Ce poste a la grave responsabilité de faire des prévisions permettant aux humains de vaquer à leurs occupations en fonction du temps qu’il fera. Ainsi les responsables de la voirie savent s’ils doivent se tenir prêts à déneiger les routes.
This position has the serious responsibility of making forecasts allowing humans to go about their business according to the weather. This way, road officials know whether they should be ready to clear the roads.

Je n’aurais pas cru qu’un long roman sur le sujet puisse me captiver autant. Honnêtement, j’ai survolé sans comprendre les fronts froids, les fronts chauds, les pressions basses ou hautes, les isobares, absolument incapable d’imaginer la carte que chaque jour, le stagiaire dessine en fonction des données arrivées dans le Télétype, par téléphone ou par radio…
I wouldn’t have believed that a long novel on the subject could captivate me so much. Honestly, I flew over without understanding the cold fronts, the warm fronts, the low or high pressures, the isobars, absolutely unable to imagine the map that each day, the trainee draws according to the data arrived in the Teletype, by telephone or by radio …

Mais Stewart mène très bien sa barque et gère les innombrables personnages qui vont accompagner le récit depuis la naissance de Maria, sur la carte : petit ovale en forme de ballon de rugby, jusqu’à la mort de cette tempête. Dans ce livre, les personnages assument leurs responsabilités en toute conscience. Je ressens comme un lien entre tous ceux qui en quelque sorte accompagnent la tempête, la surveillent, réparent les dégâts aussi bien en grimpant aux poteaux qu’en ouvrant les vannes pour que l’eau s’écoule.
But Stewart manages his boat very well and manages the countless characters who will accompany the story from the birth of Maria, on the map: a small oval in the shape of a rugby ball, until the death of this storm. In this book, the characters assume their responsibilities conscientiously. I feel like a bond between all those who are in some way accompanying the storm, watching it, repairing the damage both by climbing the poles and opening the floodgates for the water to flow.

Chacun à sa place joue son rôle à la perfection, on assiste comme à un ballet bien réglé. Le nombre de personnes et d’activités nécessaires pour prévoir le temps, dégager les routes, faire voler les avions ou rouler les trains dans des conditions extrêmes est impressionnant.
Each in his place plays his role to perfection, we attend like a well-regulated ballet. The number of people and activities required to predict the weather, clear roads, fly planes or run trains in extreme conditions is staggering.

Au moins, il n’y a pas de personnages doubles qui vont tenter de faire croire que le tabac est inoffensif et qu’on peut sur-consommer du sucre sans danger pour sa santé. C’est peut-être ce qui me plaît dans ce livre : il n’y a pas de personnages malfaisants, menteurs, mal intentionnés. La fiction repose d’une réalité peu supportable…
At least there aren’t any double characters who will try to make people believe that tobacco is harmless and that you can over-consume sugar without endangering your health. Maybe that’s what I like about this book: there are no evil, lying, evil-minded characters. The fiction is more comfortable than an unbearable reality …

J’oubliais : c’est à cause de ce livre peu connu que, depuis, on donne un nom aux tempêtes…
I forgot: it’s because of this little-known book that we’ve given storms a name since …

Je laisse la parole d’abord à Georges Stewart, pour la dédicace qu’il a faite de son livre, ensuite à Wikipédia qui cite un détail particulièrement savoureux de l’histoire de la météorologie !
I leave the floor first to Georges Stewart, for the dedication he made of his book, then to Wikipedia, which cites a particularly tasty detail from the history of meteorology!
The author thanks the organizations whose names he cites for their generous assistance.


Wikipédia : “L’histoire de la prévision du temps remonte à des temps immémoriaux avec les oracles et devins. Elle ne fut pas toujours bien vue. Ainsi une loi anglaise de 1677 condamnait au bûcher les météorologues, taxés de sorcellerie. Cette loi ne fut abrogée qu’en 1959 mais ne fut pas toujours appliquée à la lettre. Ainsi le Group Captain James Stagg, météorologue en chef, et les membres de ses trois équipes de prévision, purent prédire une accalmie pour le débarquement de Normandie le matin du 6 juin 1944, sans crainte de subir ce sort. ”
Wikipedia: “The history of weather forecasting dates back to time immemorial with oracles and diviners. It was not always well seen. Thus an English law of 1677 condemned meteorologists, accused of witchcraft, to the stake. This law was not repealed until 1959 but was not always applied to the letter. Thus Group Captain James Stagg, chief meteorologist, and the members of his three forecasting teams, were able to predict a lull for the Normandy landings on the morning of June 6, 1944, without fear of suffering this fate.”