Maigrelette

« Je voudrais pas que les gens croient qu’on est capables de faire des trucs aussi cons » dit Paul en lisant la fin de ma précédente parution. Non, en effet, nous nous sommes rassemblés à sept et nous n’avons pas « fait en sorte qu’à tour de rôle, il y ait toujours une personne hors de la pièce »…
« I wouldn’t want people to think that we can do such stupid stuff, » said Paul, reading the end of my last post. No, indeed, we gathered at seven and we did’nt « made sure that there was always one person out of the room in turn … »

Je suis d’un naturel confiant, et rares sont mes déceptions. Depuis le début de la pandémie, la méfiance cherche à prendre le pas – rappelez-vous, « chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille.
Le premier loup représente la sérénité, l’amour et la gentillesse.
Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine.
“Lequel des deux loups gagne ?” demande l’enfant.
“Celui que l’on nourrit” répond le grand-père. »
I am naturally confident, and I rarely disappoint. Since the start of the pandemic, mistrust has sought to prevail – remember, « each of us has two wolves fighting each other.
The first wolf represents serenity, love and kindness.
The second wolf represents fear, greed and hatred.
“Which of the two wolves wins?” the child asks.
“The one we feed,” replied the grandfather. »

En moi ce sont les loups de la confiance et de la méfiance qui gagnent ou qui perdent chacun à son tour. Notre mode de vie nous écarte de la pression permanente que subissent ceux qui travaillent, nous portons un masque quelques minutes par semaine, le reste du temps nous sommes en balade ou chez nous, ils ne sont pas nécessaires.
The wolves of confidence and mistrust are those that win or lose each in turn in me. Our way of life takes us away from the constant pressure of those who work undergo, we wear a mask a few minutes a week, the rest of the time we are out for a walk or at home, they are not necessary.

Mais je me pose des questions nouvelles : je ne connais pas cette personne, comment l’approcher, comment garder les distances ?
But I ask myself new questions: I don’t know this person, how to approach him/her, how to keep distance?

Si les réunions familiales sont les plus contaminantes d’où viennent ces contaminations ? En famille, on ne porte pas de masques, mais si on l’a porté au travail, pourquoi diable et comment a-t-on bien pu se faire contaminer ? Les travailleurs respectueux des protocoles, port du masque, distanciation, deviennent-ils d’affreux irresponsables dès que, sortis de là, ils rentrent dans le cercle familial ? Et s’ils ont été respectueux des consignes, ils ne devraient pas être contaminés. Pourtant ils sont contaminants ? Il faudra qu’on m’explique.
If family reunions are the most contaminating, where do these contaminations come from? In the family, we do not wear masks, but if we have worn them at work, why the hell and how could we have been infected? Do workers who respect protocols, wearing masks, distancing themselves, become frightful irresponsible as soon as, out of there, they enter the family circle? And if they’ve been following the guidelines, they shouldn’t be contaminated. Yet are they contaminants? You’ll have to explain it to me.

On commence à penser que les enfants, donc les écoles, sont des agents qui expliqueraient la croissance très inquiétante des contaminations. Souvent asymptomatiques, ils pourraient être nombreux à rapporter le virus en rentrant après l’école.
We are beginning to think that children, and therefore schools, are agents which explain the very worrying growth of contaminations. Often asymptomatic, many may report the virus when they come home after school.

Alors que j’en suis là à me gratter la tête, je propose à Paul de regarder quelques-unes de milliers de photos qui saturent mon disque dur. Nous avons à peine commencé que, splaoutch !, je renverse ma tisane sur le clavier.
While I’m there scratching my head, I suggest that Paul look at some of the thousands of photos that are filling my hard drive. We have barely started when, splaoutch !, I spill my herbal tea on the keyboard.

Il ne me faut pas trois secondes (tout en glapissant de très vilains mots) pour retourner mon ordinateur et lui faire rendre au maximum l’eau qu’il a bue. Paul essuie toute la surface avec un torchon, Séb demande conseil à Gaëlle : il faut laisser sécher la machine soixante-douze heures.
It doesn’t take me three seconds (while yelping some very nasty words) to turn my computer over and get it back to the fullest of the water it has drunk. Paul wipes the entire surface with a cloth, Séb asks Gaëlle for advice: the machine must be allowed to dry for seventy-two hours.

Je suis furieuse après moi-même, ma maladresse qui est une sorte de légende dans la famille. Une fois ma machine installée comme un livre ouvert, nous passons à autre chose en espérant que les composants électroniques n’auront pas souffert.
I am furious with myself, my clumsiness which is a kind of legend in the family. With my machine set up like an open book, we move on and hope the electronic components haven’t suffered.

Paul me laisse gentiment l’accès à son ordinateur et je vais y faire certaines opérations courantes, mais pour différentes raisons j’y passe beaucoup moins de temps que sur le mien.
Paul kindly gives me access to his computer and I’ll do some day-to-day operations there, but for various reasons I spend a lot less time there than I do on my own.

Je ne vous ferai pas attendre trois jours : dimanche après-midi, après soixante et onze heures et demie, comme nous rentrons d’une balade et qu’une demi-heure de plus ou de moins ne devrait pas faire une grosse différence, j’appuie sur le bouton de démarrage. Tout semble aller pour le mieux, d’ailleurs c’est sur ma machine « post-inondation » que je rédige ma maigrelette chronique. Maigrelette. En effet, j’ai un alibi pour être brève, je n’ai rallumé mon mac que dimanche et d’habitude mes petites histoires sont déjà en partie rédigées.
I will not make you wait three days: Sunday afternoon, after seventy-one and a half hours, as we come back from a walk and that half an hour more or less should not make a big difference, I press the start button. Everything seems to be going for the best, moreover it is on my « post-flood » machine that I write my skinny column. Skinny. Indeed, I have an alibi to be brief, I only turned my mac back on on Sunday and usually my little stories are already partly written.

Nous avons eu le grand plaisir de recevoir des nouvelles de Solenn : tenir ce blog a ceci de sympa que j’apprends parfois que telle ou telle personne s’y intéresse et me lit plus ou moins régulièrement. Je suis contente que Solenn vienne s’y vider la tête d’autant plus que son quotidien de prof de fac à Lyon n’est pas facile !
We had the great pleasure of getting news from Solenn: keeping this blog is so cool that I sometimes learn that such and such a person is interested in it and reads me more or less regularly. I’m happy that Solenn comes to empty her head, especially since her daily life as a university teacher in Lyon is not easy!

« On pourra dire que l’année 2020 aura été éprouvante… » nous dit-elle, mais sans se plaindre. Elle travaille dans un milieu très exposé au virus. Elle nous signale la dégradation des conditions de la recherche, je n’ai que survolé ce texte mais j’y reviendrai sans tarder.
« We can say that the year 2020 will have been grueling… » she tells us, but without complaining. She works in an environment very exposed to the virus. She signals the deterioration of research conditions, I have only skimmed over this text but I will come back to it without delay.

Conséquence directe, les chercheurs français sont nombreux à partir à l’étranger. C’est le cas d’Emmanuelle Charpentier : maintenant qu’elle a obtenu le prix Nobel de chimie, on se souvient d’elle — voilà vingt-cinq ans qu’elle travaille hors de France, pas de quoi être fiers pour nos dirigeants…
As a direct consequence, many French researchers are going abroad. This is the case of Emmanuelle Charpentier: now that she has obtained the Nobel Prize in chemistry, we remember her – she has been working outside of France for twenty-five years, nothing to be proud of for our leaders. …

Et enfin, Solenn nous signale que les enseignants, comme le personnel hospitalier, n’apprécient pas d’être soudain couverts de louanges « sous la plume de ceux qui d’ordinaire détruisent l’école publique sans relâche » à cause de cet assassinat dont je n’ai pas envie de parler si ce n’est pour rappeler que Dieu est amour.
And finally, Solenn tells us that teachers, like hospital staff, do not appreciate being suddenly showered with praise « from the pen of those who usually destroy the public school relentlessly » because of this assassination about which I don’t want to speak except to remind people that God is love.

Pierre Perret — Au nom de Dieu — In the name of God

P.S. Si vous évitez de sucrer vos tisanes, vous ferez certainement moins de dégâts le jour où vous verserez celle-ci sur votre clavier. Cependant, vous n’êtes pas obligés de faire cette expérience.
P.S. If you avoid sweetening your herbal teas, you will certainly do less damage the day you pour it on your keyboard. However, you don’t have to do this experiment.

DERNIÈRE MINUTE — LAST MINUTE
« Le 25 septembre, sans surprise, le milieu scolaire et universitaire devient la première source de clusters en France. »
« On September 25, unsurprisingly, schools and universities became the main source of clusters in France. »

 NOTE

Toutes les photos ont été prises lors d’une balade dans les environs, de l’étang de Lemps à Surbaix, dans les environs d’Optevoz,  le 8 décembre 19.

All the photos were taken during a walk in the surroundings, from the Lemps pond to Surbaix, in the vicinity of Optevoz, on December 8, 19.

 

2 réflexions au sujet de « Maigrelette »

  1. A ce que je comprends, ton mac n’a pas trop souffert de cette tisane renversée. Tant mieux, habituellement il n’est pas rare que ce genre de mésaventure ne soit fatal pour l’appareil.

    Pour la contamination au Covid, il s’agit d’un virus extrêmement contagieux et malgré les précautions il arrive que l’on puisse se contaminer par de malheureux concours de circonstances.
    En fait il semblerait que dans les entreprises c’est à la cantine que le risque est le plus élevé. On ne porte plus le masque, les gens sont proches du coup les risques de contamination sont assez élevés. J’ai une amie qui a attrapé le virus de cette manière, en face d’elle il y avait une personne avec des symptômes (toux) et elle est à peu près certaine de l’avoir contracté à ce moment.
    Bon heureusement, après une semaine semi-comateuse, elle a bien récupérée fort heureusement.
    Mais on n’en a pas fini avec cette cochonnerie et les probabilités de reconfinement sont de plus en plus hautes…

    • Pour mon mac, j’avais, hélas, une expérience avec du vin, il a fallu remplacer le clavier. Je n’avais pas du tout égoutté la machine à ce moment-là, maintenant je connais les gestes de sauvegarde !

      Oui, le Covid-19 (je continue à utiliser le masculin, c’est UN virus) est extrêmement contagieux. Si on a craint au départ que les objets touchés par des malades soient contaminants, ce n’est plus vraiment d’actualité. Mais les fameuses aérosolisations sont malheureusement très efficaces : ton amie a certainement été infectée de cette façon. J’espère qu’elle n’aura pas les séquelles que certains présentent.

      Comme Doris est en troisième au collège, où un plus grand nombre de services a été instauré, elle mange au dernier service, en théorie à treize heures, en réalité toujours plus tard, harcelée car il faut que les élèves débarrassent le plancher dans le quart d’heure !

      Nos bien-aimés gouvernants sont tiraillés entre des contradictions insolubles : faire en sorte que le PIB remonte de son printemps désastreux, et juguler la pandémie…

      On parle de reconfinement, bien sûr, mais seulement pendant le week-end, il s’agit de supprimer uniquement les moments qui font du bien et rendent plus plaisante une vie difficile. Quant à sauver Noël, comprendre réduire la flambée actuelle, on dit autour de moi que c’est trop tard…

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